Affaire Bilie-By-Nze et réforme de la nationalité : Le PDG sort du silence et dénonce une « dérive autoritaire »

Dans un entretien exclusif accordé à Global Africa Telesud, le Secrétaire Général du Parti Démocratique Gabonais (PDG), Ali Akbar Onanga Yobegé, a livré une analyse sans concession sur l’actualité brûlante du pays. Entre l’arrestation de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze et la réforme controversée du code de la nationalité, le ton est à l’inquiétude.

L’arrestation de Bilie-By-Nze : « Un dossier civil instrumentalisé »

L’arrestation d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure de proue de l’opposition actuelle et ancien chef du gouvernement, est au cœur des débats. Pour Ali Akbar Onanga Yobegé, le caractère pénal de cette procédure est injustifié. Il rappelle que, factuellement, le dossier repose sur un conflit lié à une créance civile datant de près de vingt ans. Le juriste s’étonne qu’une telle affaire conduise aujourd’hui à une détention préventive musclée.

Selon lui, il existe un vice de procédure flagrant, car une simple dette civile ne devrait pas mener à une privation de liberté. Le timing de cette interpellation, alors que l’ancien Premier ministre multiplie les sorties critiques sur le terrain, laisse planer l’ombre d’un musellement politique délibéré.

Code de la nationalité : Le spectre de la division

L’autre sujet de discorde majeur concerne la récente ordonnance modifiant le code de la nationalité gabonaise. Le Secrétaire Général du PDG fustige tant la méthode que le fond de cette réforme. Il regrette que ce texte fondamental ait été adopté en catimini par ordonnance, sans passer par un débat parlementaire ou national pourtant indispensable.

Sur le fond, l’instauration de la notion d’« ascendance autochtone » pour définir la nationalité est perçue comme un recul démocratique majeur. Ali Akbar Onanga Yobegé s’insurge contre la création de plusieurs catégories de citoyens, séparant les « autochtones » des autres Gabonais. Il alerte également sur la disposition de « renonciation volontaire », qu’il qualifie de déchéance de nationalité déguisée, pouvant être utilisée contre toute voix jugée subversive par le pouvoir.

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Vers un « blackout numérique » et un recul des libertés

Le Secrétaire Général n’a pas mâché ses mots concernant la gestion de l’espace numérique par les autorités de transition. Il pointe un paradoxe frappant : alors que certains responsables actuels ont utilisé les réseaux sociaux pour bâtir leur ascension, ils cherchent aujourd’hui à en restreindre l’accès pour les citoyens.

Il dénonce un décalage grave entre les promesses de restauration des libertés faites lors du coup d’État et la réalité actuelle. Selon lui, la situation s’est même empirée par rapport à l’ancien régime, notant qu’Ali Bongo n’avait jamais suspendu les réseaux sociaux en dehors des périodes de crise électorale.

Ali Bongo Ondimba : Entre légitimité et absence de rancœur

Interrogé sur la destitution d’Ali Bongo Ondimba de la tête du parti, le secrétaire général a été catégorique : « La déchéance n’existe pas dans les statuts du PDG. » Selon lui, aucun congrès régulier n’a acté le départ du président déchu. Il dénonce une manœuvre orchestrée par certains cadres ayant reçu des « instructions au palais » pour évincer Ali Bongo alors que ce dernier leur avait réaffirmé sa volonté de rester en poste.

« Ali Bongo se considère, et il est légalement, le président du Parti démocratique gabonais », a-t-il martelé, précisant que l’ex-chef d’État suit la situation politique avec « beaucoup de regrets » et un profond sentiment de trahison.

Il rapporte que l’ancien Chef de l’État suit l’évolution du pays avec beaucoup de regrets et un sentiment de trahison. Toutefois, malgré sa chute, Ali Bongo ne nourrirait aucune colère envers la France. Le Secrétaire Général a précisé avec ironie que, la France n’étant pas l’auteur du coup d’État, il n’y avait aucune raison de lui tenir rigueur de la situation actuelle.

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Malgré la fragilisation apparente de son camp, Ali Akbar Onanga Yobegé refuse de parler de capitulation. Pour lui, créer un nouveau parti serait reconnaître la primauté de la force sur le droit. « Le rapport de force est toujours momentané, le droit est pérenne », a-t-il conclu, laissant entendre que la bataille pour le contrôle du PDG se jouera désormais devant les tribunaux.

Un appel au respect du droit

En conclusion, Ali Akbar Onanga Yobegé appelle les autorités à un ressaisissement immédiat pour que le Gabon respecte à nouveau les standards démocratiques internationaux. Face à ce qu’il qualifie de rapport de force momentané, il oppose la pérennité du droit, seul rempart contre l’instabilité et la fragilisation de l’institution nationale.

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