Bilan des 100 jours : Philippe Tonangoy dévoile un plan de 2 000 milliards FCFA pour sortir le pays de la crise de l’eau et de l’électricité

« Nous payons le prix de décennies de laisser-aller », affirme le ministre de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Énergie. Invité de l’émission La Grande Nuit des 100 jours diffusée le mercredi 27 mai 2026 sur Gabon Première, Philippe Tonangoy, ministre de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Énergie, a dressé un diagnostic sans concession de la situation énergétique et hydraulique du Gabon. Pendant plus d’une heure d’intervention, le membre du gouvernement a présenté les réformes engagées, les chantiers en cours ainsi que les ambitions fixées à l’horizon 2030 par les autorités. 

Face aux coupures récurrentes d’électricité, au stress hydrique et à la colère des populations, le ministre a défendu une stratégie globale fondée sur la réhabilitation des infrastructures, la réforme de la gouvernance et un vaste programme d’investissement estimé à 2 000 milliards de francs CFA sur sept ans.

Un objectif ambitieux : 95 % d’accès à l’électricité et 90 % à l’eau potable d’ici 2030

D’entrée de jeu, Philippe Tonangoy a rappelé les objectifs assignés par le président de la République pour la fin du septennat en cours.

« Les orientations qui m’ont été fixées par le Président de la République sont extrêmement claires et s’inscrivent dans une ambition à l’horizon 2030. Au terme de ce septennat, dont nous venons de boucler la première année, 95 % des Gabonais devront avoir un accès permanent à l’électricité, et 90 % à l’eau potable sur toute l’étendue du territoire national », a-t-il déclaré.

Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement prévoit un investissement massif de 2 000 milliards de francs CFA, soit près de 286 milliards de francs CFA par an.

Selon le ministre, cette feuille de route repose sur cinq axes majeurs dont la réhabilitation des infrastructures vieillissantes, le rétablissement de la continuité de service, la restructuration de la gouvernance du secteur, l’utilisation de l’eau et de l’énergie comme leviers de développement économique, ainsi que des réformes structurelles et législatives profondes.

« La majorité des infrastructures ont entre 51 et 60 ans »

Philippe Tonangoy a reconnu que les difficultés actuelles trouvent leur origine dans plusieurs décennies de sous-investissement et de mauvaise gouvernance.

« Il faut dire la vérité aux Gabonais : nous payons le prix de décennies de laisser-aller. La majorité de nos infrastructures de réseau ont entre 51 et 60 ans d’âge et n’ont jamais bénéficié d’un renouvellement systématique », a-t-il affirmé.

Le ministre a également révélé que le niveau de maintenance des installations exploitées par la SEEEG était tombé sous la barre des 10 % à la fin de l’année 2024. « Plus grave encore, le taux de maintenance des installations mises à la disposition de la SEEEG était tombé à moins de 10 % à la fin de l’année 2024 », a-t-il ajouté.

À cela s’ajoutait, selon lui, une régulation inefficace du secteur. « Nous avons transformé l’ancienne agence en une véritable Autorité de régulation dotée d’une autonomie financière renforcée pour jouer pleinement son rôle de gendarme », a expliqué le ministre.

L’incident d’Owendo et les mesures de compensation

Revenant sur l’explosion du poste électrique d’Owendo ayant provoqué de longues coupures dans le Grand Libreville, Philippe Tonangoy a indiqué que les opérations de rétablissement progressaient progressivement. « Sur les 65 zones impactées par l’explosion, 45 ont été rétablies à ce jour », a-t-il précisé.

Le ministre affirme avoir donné des instructions fermes à la SEEEG afin de compenser les usagers victimes des perturbations.

« J’ai formellement instruit la SEEEG de déclencher un double mécanisme, une compensation commerciale sous forme de crédits de consommation pour les usagers lésés, et l’activation de leur assurance en responsabilité civile pour l’indemnisation des appareils électroménagers détruits », a-t-il annoncé.

Des travaux d’urgence engagés dans le Grand Libreville et l’intérieur du pays

Parmi les chantiers prioritaires engagés par le gouvernement figure le remplacement des infrastructures de transit électrique du Grand Libreville.

« Nous menons actuellement le remplacement complet de 33 kilomètres de câbles haute tension obsolètes sur l’axe Owendo-Biseghé. Le taux de réalisation est de 95 % et les travaux s’achèvent à la fin de ce mois de mai 2026 », a déclaré le ministre.

Dans l’intérieur du pays, des groupes électrogènes de secours ont été déployés dans plusieurs localités afin de limiter les délestages. « Pour parer au plus pressé, nous déployons 31 groupes électrogènes de secours dans 25 localités », a-t-il indiqué.

Le ministre a également mis en avant les résultats obtenus à la centrale de Bongolo. « L’installation d’une deuxième turbine de 2 mégawatts a permis de stabiliser le Réseau Interconnecté Sud et de réaliser une économie substantielle de 16 000 litres de gasoil par jour », a-t-il souligné.

Concernant la coopération régionale, Philippe Tonangoy a annoncé une augmentation de l’approvisionnement électrique provenant de la Guinée équatoriale. « Nous avons renégocié l’interconnexion transfrontalière avec la Guinée équatoriale pour faire passer l’apport d’électricité dans le Nord du pays de 3 à 8 mégawatts », a-t-il affirmé.

Le projet hydroélectrique de Kingélé Aval figure également parmi les grands projets stratégiques du gouvernement. « Le chantier de la centrale hydroélectrique de Kingélé Aval avance de manière très satisfaisante et affiche un taux d’exécution de 90 % », a assuré le ministre.

« Un Gabonais, un compteur » : 127 000 compteurs commandés

Face aux difficultés d’accès aux compteurs et aux nombreux branchements anarchiques, le gouvernement a lancé une vaste opération baptisée « Un Gabonais, un compteur ».

« L’État a pris ses responsabilités en débloquant sur budget propre 10 milliards de francs CFA pour commander massivement 127 000 compteurs, dont 60 000 compteurs d’eau et 57 000 compteurs d’électricité », a expliqué Philippe Tonangoy.

À cette commande s’ajoutent 25 000 compteurs financés par la Banque africaine de développement (BAD). Le ministre a annoncé qu’une grande campagne de régularisation débutera dès le mois d’août 2026. « La priorité absolue sera accordée aux milliers de compatriotes qui ont payé leur compteur depuis des mois, voire des années, sans jamais être livrés », a-t-il insisté.

Les autorités souhaitent également encourager les ménages vivant sous le régime des branchements illicites à intégrer le système légal de distribution.

Vers la disparition de la SEEEG

L’un des points majeurs de cette intervention concerne la réforme structurelle de la SEEEG, vivement critiquée par le ministre. « La SEEEG est devenue une véritable pieuvre prise en otage par des conflits d’intérêts intérieurs et des interférences constantes », a dénoncé Philippe Tonangoy.

Le ministre a également révélé que l’entreprise était restée pendant cinq années consécutives sans certification de ses comptes. « Sa structure humaine est totalement déséquilibrée : nous avons 65 % de personnel administratif pour moins de 50 % de techniciens sur le terrain. Cela ne peut plus durer », a-t-il lancé.

Pour corriger ces dysfonctionnements, le gouvernement a engagé un processus de scission de la société en deux entités spécialisées. « La SEEEG va disparaître pour donner naissance à deux entités distinctes : La Gabonaise des Eaux, animée exclusivement par des techniciens de l’eau, et L’Électricité du Gabon, dédiée aux professionnels de l’électricité », a confirmé le ministre.

Selon lui, les projets de loi relatifs à cette réforme ont déjà été validés en conseil interministériel et seront prochainement adoptés en Conseil des ministres.

Un partenariat stratégique avec Suez pour résoudre le stress hydrique

Pour améliorer durablement l’alimentation en eau potable dans le Grand Libreville, l’État gabonais a conclu un partenariat public-privé avec le groupe français Suez. « Nous avons signé un partenariat public-privé d’un montant de 200 millions d’euros sur cinq ans avec le groupe Suez, qui opère désormais sous la bannière de Suez Gabon », a indiqué Philippe Tonangoy.

Le ministre a fixé des objectifs précis à cette collaboration. « Ils ont une obligation de résultat claire d’ici un an, réhabiliter les usines de production, étendre massivement les réseaux de distribution secondaires et tertiaires, et garantir aux Librevillois une eau d’une qualité irréprochable, conforme aux standards internationaux les plus stricts », a-t-il conclu.

À travers cette sortie médiatique, Philippe Tonangoy a voulu convaincre les Gabonais que le gouvernement entend engager une transformation profonde du secteur de l’eau et de l’énergie, malgré l’ampleur des défis hérités du passé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *