Le bras de fer autour des libertés numériques se poursuit devant la justice

Cinq mois après la suspension des réseaux sociaux au Gabon, le débat sur les libertés numériques prend une nouvelle dimension judiciaire. Entre restrictions administratives, recours des organisations de la société civile et multiplication des signalements de cyberattaques, la question de l’accès aux plateformes numériques reste au cœur des préoccupations des utilisateurs.

Depuis le 17 février 2026, plusieurs réseaux sociaux demeurent difficilement accessibles dans le pays à la suite d’une décision administrative. Pour de nombreux internautes, cette situation s’apparente à une limitation durable de l’espace numérique. Pour contourner ces restrictions, une partie de la population s’est tournée vers les réseaux privés virtuels (VPN), des outils permettant de modifier la localisation apparente de la connexion.

Mais cette solution n’est pas sans conséquences. Selon le collectif d’organisations ayant engagé une procédure judiciaire, l’utilisation massive des VPN aurait également favorisé l’apparition de nouvelles vulnérabilités. Son porte-parole, Patrice Thérence Mezui, affirme que plusieurs signalements liés à des piratages de comptes WhatsApp et Facebook ont été enregistrés. « Les indicatifs +500 et +600 reviennent régulièrement dans les plaintes », explique-t-il, estimant que ces connexions étrangères pourraient être liées à certains actes de cybercriminalité visant des utilisateurs gabonais.

Une bataille judiciaire engagée

Face à cette situation, le collectif a décidé de saisir la justice. Une première démarche engagée devant le tribunal de première instance de Libreville n’a pas abouti, la juridiction s’étant déclarée incompétente. Une nouvelle procédure devant une juridiction supérieure a connu une issue similaire.

Le dossier a finalement été transmis au Conseil d’État, dernière étape du recours engagé par les plaignants. Ceux-ci attendent désormais une décision sur la légalité de la mesure de suspension des réseaux sociaux. Aucune date d’audience n’a toutefois encore été communiquée.

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Pour Patrice Thérence Mezui, cette restriction porte atteinte aux droits fondamentaux garantis par la Constitution. « Cette suspension constitue une atteinte aux libertés fondamentales des citoyens », soutient-il, appelant à un réexamen de la décision administrative.

Le gouvernement défend une mesure de régulation

De son côté, la Haute autorité de la communication (HAC) justifie la suspension par la nécessité de lutter contre les dérives numériques, notamment les campagnes de désinformation, les contenus préjudiciables et le cyberharcèlement.

Les autorités considèrent cette régulation comme un moyen de préserver l’ordre public dans un environnement numérique marqué par la circulation rapide des informations. Une position contestée par les organisations de défense des libertés numériques, qui estiment qu’une restriction prolongée risque de limiter l’expression citoyenne et l’accès à l’information.

Le collectif réclame la levée de la mesure, mais également l’accélération de la mise en œuvre d’un cadre légal clair sur l’utilisation des plateformes numériques.

Il propose l’ouverture de discussions nationales réunissant les pouvoirs publics, les acteurs du numérique et la société civile afin de définir un équilibre entre sécurité numérique et protection des libertés individuelles.

Alors que les outils de contournement comme les VPN continuent d’être utilisés par une partie des internautes, cette affaire pose une question centrale : comment concilier la lutte contre les abus en ligne avec le maintien d’un espace numérique ouvert et sécurisé ?

La décision attendue du Conseil d’État pourrait ainsi constituer un tournant dans la définition des règles qui encadreront demain les libertés numériques au Gabon.

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