Un mois après avoir limogé son Premier ministre et ancien mentor Ousmane Sonko, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye accélère son émancipation en annonçant la création de son propre parti politique. Désormais installé au perchoir de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko engage un bras de fer constitutionnel inédit avec l’exécutif.
Le Sénégal assiste à la fin brutale d’un des tandems les plus fusionnels de son histoire politique contemporaine. Élus en mars 2024 sur la promesse d’une gouvernance à deux têtes et d’une rupture systémique, le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko ont consommé leur divorce.
Dernier acte en date de cette rupture, le vendredi 3 juillet 2026, devant un parterre de quelque 300 maires, le chef de l’État a officialisé la création prochaine de sa propre formation politique. En transformant la « coalition Diomaye » une constellation hétéroclite d’une vingtaine de petits partis en un véritable appareil unifié, Bassirou Diomaye Faye tente de se constituer en urgence une assise électorale à six mois des élections locales. Privé du parti historique Pastef (les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) dont Ousmane Sonko reste l’incarnation absolue, le président de la République doit impérativement bâtir sa propre légitimité pour les trois années de mandat restantes.
Du tandem au divorce, les raisons de la rupture
Le point de rupture officiel remonte au vendredi 22 mai 2026. Par le décret présidentiel nº 2026-1128, Bassirou Diomaye Faye mettait fin par surprise aux fonctions de son Premier ministre, entraînant la dissolution du gouvernement.
Si le secret a longtemps entouré les raisons de ce schisme, Ousmane Sonko a brisé le silence à la mi-juin en invoquant de profondes divergences « programmatiques ». L’ancien chef du gouvernement a publiquement accusé la présidence d’avoir « complètement dévoyé » les engagements pris durant dix ans d’opposition au sein du Pastef, pointant notamment des désaccords majeurs sur la gestion de la dette publique et des réformes sociétales. En réplique, le chef de l’État a entamé une vaste purge au sein de l’appareil d’État, limogeant de nombreux cadres du Pastef des directions publiques clés.
L’Assemblée nationale comme base de contre-pouvoir
Renvoyé de la Primature, Ousmane Sonko n’a pas tardé à rebondir sur l’échiquier institutionnel. Le 26 mai 2026, il a été élu président de l’Assemblée nationale, déplaçant le conflit directement au cœur du Parlement.
Depuis le perchoir, le leader du Pastef mène une contre-offensive législative aggressive. Le 29 juin dernier, sa majorité parlementaire a voté à l’unanimité une vaste réforme constitutionnelle touchant 29 articles. Ce texte visait à transférer d’importants pouvoirs de la présidence vers le Parlement et la Primature, tout en interdisant formellement au président de la République de diriger un parti politique une attaque directe contre la stratégie d’émancipation de Diomaye Faye.
Le Conseil constitutionnel en arbitre
Face à ce qu’il considère comme une tentative de neutralisation de ses prérogatives, le président Faye a immédiatement saisi le Conseil Constitutionnel. Les sages ont tranché début juillet en déclarant la loi constitutionnelle votée par les députés d’Ousmane Sonko comme « contraire à la Constitution », offrant une bouffée d’oxygène à l’exécutif.
La bataille est cependant loin d’être terminée. Pour contourner le blocage d’une Assemblée nationale désormais hostile, le président Bassirou Diomaye Faye envisage de soumettre directement ses futurs projets de réformes au peuple par voie de référendum. À l’approche des élections locales, ce duel fratricide plonge le Sénégal dans une cohabitation inédite et instable, où chaque camp cherche à prouver qu’il reste le seul et unique dépositaire de la volonté populaire.