Guinée : Le président Mamadi Doumbouya visé par une plainte en France pour la « disparition forcée » de deux opposants

Deux ans pour jour après l’enlèvement à Conakry d’Oumar Sylla (« Foniké Menguè ») et de Mamadou Billo Bah, deux avocats français ont déposé une plainte à Paris contre le chef de l’État guinéen. Les familles et la défense dénoncent « un crime d’État ».

Deux ans de silence absolu, d’angoisse pour les proches, et désormais une bataille judiciaire qui se déporte sur le sol français. Le jeudi 9 juillet 2026, une plainte avec constitution de partie civile a été déposée auprès du doyen des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Paris contre le général Mamadi Doumbouya, actuel président de la transition en Guinée. Cette action en justice, menée par les avocats parisiens Me William Bourdon et Me Vincent Brengarth, vise directement le chef de l’État pour « disparition forcée ».

La plainte concerne le sort de deux figures majeures de la contestation citoyenne guinéenne : Oumar Sylla, dit « Foniké Menguè », et Mamadou Billo Bah. Tous deux sont de hauts responsables du Front national pour la défense de la constitution (FNDC), un mouvement de la société civile qui réclame activement le retour des civils au pouvoir depuis le coup d’État de septembre 2021.

Un enlèvement nocturne et deux ans de mystère

Le calvaire des deux activistes a commencé dans la nuit du 9 juillet 2024. Selon les éléments disponibles, ils ont été enlevés à Conakry par un commando d’hommes armés et encagoulés. Depuis cette date, ils sont devenus les premiers visages d’une vague de disparitions qui s’est abattue sur les voix dissidentes en Guinée.

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Sont-ils secrètement détenus dans des geôles militaires ? Ont-ils été exécutés ? Face au manque total de transparence, les spéculations les plus sombres entourent leur sort. Du côté des autorités de Conakry, le flou est total. La seule et unique communication officielle remonte au 17 juillet 2024. À l’époque, le parquet général de la cour d’appel de Conakry s’était fendu d’un communiqué laconique affirmant « qu’aucun établissement pénitentiaire du pays ne détient les deux activistes », déclinant ainsi toute responsabilité.

« Tous les indices d’un crime d’État »

Cette absence persistante d’informations et le refus des autorités de clarifier la situation ont conduit la défense à hausser le ton. Pour Me William Bourdon, l’un des avocats des familles des disparus, le doute n’est plus permis : « On a tous les indices d’un crime d’État ».

L’introduction de cette plainte devant le tribunal de Paris repose sur les mécanismes juridiques internationaux qui permettent de poursuivre les auteurs de disparitions forcées hors de leurs frontières nationales, en particulier lorsque les recours locaux sont inexistants ou verrouillés par le pouvoir en place.

Pour le général Mamadi Doumbouya, cette procédure constitue une sérieuse complication diplomatique et judiciaire à l’international, alors que le régime guinéen fait déjà face au scepticisme grandissant des partenaires internationaux quant à sa volonté réelle de rendre le pouvoir aux civils. L’ouverture d’une information judiciaire à Paris pourrait contraindre la justice française à enquêter sur les rouages de la répression à Conakry.

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