« La colère des hommes n’est pas de la méchanceté » : comprendre l’émotion qui cache souvent une souffrance

Et si la colère masculine n’était qu’un mécanisme de défense face à une vulnérabilité impossible à nommer ? Trop souvent assimilée à un simple trait de caractère ou à de la méchanceté, l’irritabilité permanente s’avère être, en réalité, le symptôme d’une charge émotionnelle saturée. Le psychologue clinicien Paul Anthony Mboumessieyi Ngorouma, aborde cette construction sociale et nous incite à poser la seule vraie question qui est : qu’est-ce qui souffre derrière cette colère ?

« Il s’énerve pour rien. »
« On ne peut plus lui parler. »
« Il est devenu agressif depuis quelque temps. »

Ces phrases reviennent régulièrement dans les familles, les couples ou les cercles d’amis. Pourtant, derrière ce qui apparaît comme de la colère se cache parfois une réalité plus complexe : une souffrance que la personne ne parvient ni à identifier ni à exprimer autrement.

Contrairement aux idées reçues, la colère n’est pas toujours l’émotion principale. En psychologie, elle est souvent considérée comme une émotion secondaire, c’est-à-dire une réaction qui vient recouvrir une émotion plus vulnérable et plus douloureuse.

« Il y a une tendance populaire à interpréter la colère comme un trait de caractère. Un homme qui s’énerve souvent est perçu comme agressif, instable, voire dangereux. Mais cette lecture est incomplète et souvent injuste », explique MBOUMESSIEYI NGOROUMA Paul Anthony.

Le psychologue rappelle que les émotions se distinguent en deux catégories : les émotions primaires et les émotions secondaires. « Les émotions primaires sont immédiates et instinctives : la joie, la peur, la tristesse ou encore le dégoût. Les émotions secondaires, elles, viennent recouvrir ces premières sensations lorsqu’elles sont trop difficiles à exprimer ou à supporter », précise-t-il.

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Dans cette logique, la colère apparaît souvent comme une émotion de protection. « La colère n’est pas le problème en soi, mais le symptôme d’un problème plus profond, souvent invisible. Sous la colère, il y a presque toujours autre chose : une peur non exprimée, une tristesse enfouie, un sentiment d’impuissance ou d’injustice accumulé dans le silence », ajoute le spécialiste.

Une construction émotionnelle dès l’enfance

Selon le psychologue, ce fonctionnement trouve souvent son origine dans l’éducation émotionnelle. « Ce n’est pas une question de nature, mais de construction. Dès l’enfance, les garçons reçoivent des messages explicites ou implicites : “on ne pleure pas”, “on ne se plaint pas”, “on doit être fort”. Les émotions dites vulnérables comme la tristesse ou la peur sont progressivement étouffées », explique-t-il.

Dans ce contexte, la colère devient parfois la seule émotion socialement tolérée. « Elle est perçue comme une forme de force, parce qu’elle s’exprime, parce qu’elle impose, parce qu’elle ne demande rien », poursuit-il.

Pour le psychologue, cette dynamique a une conséquence directe : « lorsque la souffrance devient trop forte, elle finit par sortir sous forme de colère. Ce n’est pas de la méchanceté, mais une détresse mal exprimée. »

La colère comme mécanisme de défense

MBOUMESSIEYI NGOROUMA Paul Anthony souligne également que la colère peut jouer un rôle de protection psychique. « En clinique, on parle de mécanisme de défense. Il s’agit d’un processus inconscient que le psychisme met en place pour se protéger d’une souffrance qu’il n’est pas encore en mesure d’affronter directement », explique-t-il.

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Pour illustrer son propos, le psychologue évoque un cas courant. celui d’un père rentre du travail épuisé après une journée difficile. Ses enfants font du bruit, sollicitent son attention, ne l’écoutent pas. Il finit par exploser, crie, puis culpabilise.

« Ce que l’on voit, c’est un homme qui s’énerve pour peu de choses. Mais en réalité, il porte depuis longtemps une charge invisible : pression professionnelle, fatigue accumulée, peur de ne pas être à la hauteur, sentiment de ne pas être reconnu », détaille-t-il. Selon lui, les enfants ne déclenchent pas la colère, ils ne font que révéler une tension déjà présente.

Changer de regard sur la colère

Pour le psychologue, il est important de ne pas s’arrêter à l’expression visible de l’émotion. « Comprendre cela ne signifie pas excuser les comportements agressifs. La colère mal régulée peut faire des dégâts réels dans les relations. Mais il faut d’abord changer de regard », insiste-t-il.

Il invite ainsi à poser une autre question « Au lieu de demander pourquoi cette personne s’énerve, il faut se demander : qu’est-ce qui souffre en elle en ce moment ? »

Pour MBOUMESSIEYI NGOROUMA Paul Anthony, la colère n’est pas une fin en soi. « Derrière la colère, il y a souvent un appel. Et comme tout appel, il mérite d’être entendu », conclut-il.

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