Née de la fusion de la Sogatra et de Trans’Urb, la Compagnie nationale de transport ambitionne de relancer un secteur en difficulté, avec cent bus déjà acquis et une réforme du modèle économique en perspective.
Le secteur du transport public urbain s’engage dans une nouvelle phase de restructuration avec la création de la Compagnie nationale de transport (CNT), issue de la fusion entre la Sogatra et Trans’Urb. Les autorités affichent l’ambition de doter le pays d’un opérateur unique, plus performant et capable de répondre durablement aux besoins des usagers.
Dans cette dynamique, environ cent bus ont déjà été acquis afin de renforcer rapidement l’offre de mobilité dans les grandes agglomérations. Cette initiative intervient dans un contexte marqué par les difficultés persistantes des anciennes structures publiques de transport, confrontées à la vétusté du parc automobile, à des problèmes de gestion et à une forte dépendance aux financements de l’État.
Lors de son adresse sur l’état de la Nation devant le Parlement, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a donné le ton de la réforme en évoquant la nécessité de mettre fin à la gratuité du transport public. Une orientation qui traduit la volonté des autorités de tendre vers un modèle plus autonome sur le plan financier.
Cependant, la CNT démarre avec un héritage complexe. La Sogatra ne disposait plus, ces dernières années, que d’une flotte réduite à une vingtaine de bus opérationnels, loin des besoins estimés à plusieurs centaines de véhicules pour assurer un service efficace. L’entreprise faisait également face à une masse salariale importante, parfois déséquilibrée par rapport à ses capacités opérationnelles.
Trans’Urb, de son côté, a également connu une dégradation progressive de son parc, avec de nombreux bus immobilisés peu de temps après leur mise en service, révélant des défis liés à la maintenance et à la durabilité des équipements.
Dans ce contexte, la question de la viabilité du nouveau dispositif reste posée. Les cent bus annoncés suffiront-ils à répondre à la demande croissante des populations urbaines, notamment à Libreville et dans les grandes villes du pays ? Au-delà du renouvellement du parc, les enjeux de gestion, d’entretien et de planification du service apparaissent déterminants pour éviter la reproduction des dysfonctionnements passés.
La question tarifaire constitue également un point sensible. La fin annoncée de la gratuité ouvre la voie à une refonte du modèle économique du transport public, mais soulève des inquiétudes dans un contexte où le pouvoir d’achat reste sous pression. Les modalités d’accompagnement des usagers, notamment pour les élèves, étudiants et travailleurs, seront scrutées de près.
Enfin, le niveau de désengagement de l’État reste une inconnue majeure. La capacité de la CNT à assurer seule ses charges d’exploitation, la maintenance de son parc et son renouvellement à long terme conditionnera largement la réussite de cette réforme.
Au-delà du changement institutionnel, les attentes des usagers restent concrètes : des bus disponibles, un service régulier et des conditions de transport accessibles. La CNT devra donc rapidement démontrer sa capacité à transformer une réforme structurelle en amélioration tangible du quotidien des citoyens.