Dans le cadre de l’émission bilan « La nuit des 100 jours » sur Gabon Première, le ministre du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, a présenté un point d’étape crucial pour le poumon économique national. Entre relance de la production, nationalisation des emplois et réformes juridiques, le patron des hydrocarbures affiche des ambitions claires celui de redonner au Gabon sa souveraineté énergétique.
Alors que le bassin pétrolier gabonais s’apprête à franchir le cap historique de ses 100 ans d’exploitation, le secteur fait face au défi naturel du déclin de ses champs matures. Pour y répondre, le ministère a instauré un suivi technique trimestriel rigoureux avec l’ensemble des opérateurs. Mais c’est sur le terrain de la souveraineté opérationnelle que les avancées les plus significatives ont été enregistrées au cours de ces 100 premiers jours.
Le sursaut de la production nationale : l’effet Asala
Né de la vision stratégique du chef de l’État à travers l’exercice du droit de préemption, le rachat de la société Asala Energy, qualifiée de « champion national » par le ministre, porte déjà ses fruits.
La mise en production, en avril 2026, du champ stratégique de Grongiji marque un tournant majeur. Fort de réserves estimées à 350 millions de barils, ce gisement injecte déjà plus de 10 000 barils par jour dans le réseau national. Une dynamique qui devrait s’accélérer avec les découvertes récentes des champs Mangoga (exploitation prévue d’ici 6 à 7 mois) et Coussou, promettant de nouvelles marges de manœuvre budgétaires pour le Trésor public, dont le secteur pétrolier finance déjà 45 % des ressources.
Gaz domestique : la fin des pénuries et le rappel des subventions
Sur le front de l’aval et de la vie quotidienne des Gabonais, le ministère a dû gérer l’urgence des tensions d’approvisionnement en gaz butane survenues en début d’année. La solution est passée par une réorganisation structurelle de la Société Gabonaise d’Entreposage de Produits Pétroliers (SGPP), passée à un rythme de travail en continu (système des 3×8). Un dispositif qui a permis de stabiliser durablement le marché sur l’ensemble du territoire.
Face aux attentes qui sont légitimes des populations concernant le coût de la vie, le ministre Kondja a tenu à rappeler l’effort massif de l’État : « La bouteille de gaz sort de l’usine à un coût réel de 12 000 FCFA. Grâce à la volonté du président de la République, elle est vendue à 6 000 FCFA. L’État prend la moitié à sa charge pour préserver le panier de la ménagère. »
À moyen terme, la valorisation du gaz naturel se déploie à Lambaréné avec des projets menés par Perenco, ouvrant la voie à une énergie propre et accessible pour soutenir le tissu industriel d’ici 2029.
Contenu local et employabilité : une priorité pour la jeunesse
Le bilan des 100 jours met également en lumière une accélération de la politique de « gabonisation » des emplois. L’extension du réseau de distribution avec la livraison de 13 nouvelles stations-services a permis de dynamiser l’emploi local. Le secteur de la distribution affiche désormais des taux d’intégration de main-d’œuvre nationale historiques : 96 % pour les pompistes et 97 % pour les services de caisse, de restauration et de graissage.
Par ailleurs, pour encourager l’émergence d’un patronat gabonais dans les hydrocarbures, le ministère a entrepris de cartographier les opportunités de notre bassin. Ce travail a révélé 92 blocs marginaux délaissés par les grandes multinationales. Ces zones sont désormais exclusivement réservées aux PME autochtones, à l’image des Contrats de Partage de Production (CPP) déjà paraphés avec les sociétés Coreg et Iniva.
Modernisation juridique : Un nouveau code des hydrocarbures finalisé à 80 %
L’un des chantiers les plus attendus reste l’adaptation du cadre légal. Clotaire Kondja a annoncé que la refonte du Code des Hydrocarbures est désormais finalisée à 80 %. Ce nouvel outil juridique intègre des ajustements fiscaux compétitifs basés sur un étalonnage (benchmarking) avec les grands bassins ouest-africains (Angola, Nigéria, Sénégal). L’objectif est de rendre le Gabon attractif pour l’exploration de sa zone offshore ultra-profonde, encore inexplorée à 70 %.
Enfin, sensible aux revendications climatiques et sociales, le ministre a confirmé l’ouverture d’un dialogue avec le Ministère du Travail et les partenaires sociaux pour réformer la « Loi 20 » sur la sous-traitance, afin de lutter contre la précarité des contrats de chantier et d’harmoniser les primes de sécurité.
En posant ces bases structurelles en seulement 100 jours, le ministère du Pétrole et du Gaz entend bien maintenir la cadence pour faire des hydrocarbures un levier de croissance durable, au bénéfice direct du développement national.