L’entreprise publique censée incarner la relance de l’agriculture gabonaise traverse sa première véritable zone de turbulences. Blocages administratifs, tensions sociales et défis opérationnels alimentent les interrogations sur la gouvernance de l’AGROPAG, cinq mois seulement après son lancement.
La direction générale de l’AGROPAG tente de reprendre l’initiative dans un contexte de fortes interrogations autour de la gestion de l’entreprise publique. Le directeur général, Aubert Ndjila, a annoncé la tenue prochaine d’une conférence de presse, affirmant vouloir apporter des « explications claires » sur plusieurs dossiers et promettant de « faire toute la lumière » sur la situation de la société.
Cette communication intervient alors que de nombreuses interrogations entourent les premiers mois d’existence de l’AGROPAG, créée en février 2026 pour succéder à la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (SAEG) et porter la politique de relance de la production agricole nationale.
Des tensions financières et sociales persistantes
Selon plusieurs sources concordantes, l’entreprise serait confrontée à d’importantes difficultés de trésorerie. Des employés affectés sur différents sites de production dénonceraient plusieurs mois d’arriérés de salaires, une situation qui alimente un climat social particulièrement tendu.
En interne, certains responsables attribuent ces difficultés au retard dans la validation du budget de fonctionnement, un document transmis depuis plusieurs mois mais qui n’aurait toujours pas reçu les arbitrages nécessaires. Ce blocage aurait eu des conséquences directes sur le fonctionnement quotidien de l’entreprise et sur l’exécution de plusieurs projets.
Des difficultés opérationnelles sur le terrain
Au-delà des questions financières, plusieurs incidents auraient affecté les activités agricoles et d’élevage. Des pertes de bétail auraient été enregistrées, notamment après l’importation de bovins, tandis que certains troupeaux auraient été dispersés à la suite d’incidents survenus dans les zones de pâturage.
La filière avicole aurait également subi des contretemps. Des projets d’approvisionnement auraient été reportés en raison de l’absence d’infrastructures de conservation adaptées, notamment de chambres froides, limitant les capacités de développement de cette activité.
Pour plusieurs observateurs, ces difficultés illustrent les défis auxquels fait face une entreprise encore en phase de structuration et confrontée à des contraintes logistiques importantes.
La mise en place de l’AGROPAG devait s’accompagner du transfert progressif des actifs, du personnel et des équipements de l’ancienne SAEG. Or, plusieurs mois après cette réforme, cette transition ne serait toujours pas totalement finalisée.
Des agents de l’ancienne structure continueraient notamment d’assurer certaines missions sur le terrain, tandis que plusieurs questions administratives et juridiques liées au transfert des biens et des responsabilités restent en suspens. Cette situation alimenterait une certaine confusion dans l’organisation de l’entreprise.
Des interrogations sur les financements
Le financement des différents projets constitue également un sujet sensible. En particulier, le programme de développement de la filière bovine suscite des débats sur le montant réel des ressources effectivement mobilisées au profit de l’AGROPAG.
Certaines sources internes estiment que les sommes annoncées publiquement ne correspondraient pas aux crédits réellement disponibles pour la société, alimentant les demandes de clarification sur l’exécution budgétaire.
La conférence de presse annoncée par Aubert Ndjila devrait permettre à la direction de répondre aux nombreuses interrogations portant sur la gouvernance, la situation financière, les difficultés opérationnelles et les perspectives de redressement de l’entreprise.
Cette intervention est d’autant plus attendue qu’elle intervient après le départ annoncé de Raymond Ndong Sima de ses fonctions au sein de la gouvernance de l’AGROPAG, un événement qui a renforcé les interrogations autour de la conduite de ce projet stratégique pour la politique de souveraineté alimentaire du Gabon.
Les prochains jours devraient ainsi permettre de mesurer la capacité de la direction à rassurer les salariés, les partenaires et les autorités publiques, alors que l’AGROPAG est appelée à jouer un rôle central dans la relance de la production agricole nationale.