La refondation du Gabon ne se gagnera pas à coups de réformes successives, mais par une transformation profonde de la manière de gouverner. La vraie rupture consiste à remplacer la culture de l’urgence par celle de la prévoyance. Pendant longtemps, l’action publique a trop souvent répondu aux crises au lieu de les prévenir, gérant les conséquences plutôt que les causes. Or aucun État ne devient puissant dans l’improvisation. Singapour, dépourvu de ressources naturelles, a bâti sa prospérité grâce à une planification rigoureuse ; la Corée du Sud est passée d’un pays pauvre à une puissance industrielle en fixant des objectifs clairs sur plusieurs décennies ; le Rwanda a fait de la planification stratégique, de l’évaluation des politiques publiques et de la redevabilité des administrations des piliers de sa transformation.
Des atouts à transformer en résultats
Le Gabon possède davantage d’atouts que nombre de ces pays : des ressources stratégiques, un patrimoine forestier exceptionnel, une stabilité institutionnelle retrouvée et une jeunesse porteuse d’ambition. Encore faut-il transformer ces avantages en résultats. Cela suppose d’abord une véritable culture de la planification : chaque réforme doit poursuivre un objectif précis, respecter un calendrier, disposer d’indicateurs de performance et désigner clairement les responsables de son exécution. Gouverner, ce n’est pas annoncer ; c’est produire des résultats.
L’évaluation, exigence permanente
L’évaluation doit devenir une exigence permanente. Une politique publique qui n’est pas mesurée finit toujours par coûter plus qu’elle ne rapporte. Chaque franc investi doit pouvoir démontrer son impact sur l’emploi, la croissance, l’éducation, la santé ou le pouvoir d’achat. L’État moderne ne protège pas ses procédures ; il rend compte de ses performances.
L’anticipation comme réflexe national
Enfin, l’anticipation doit devenir un réflexe national. La transition énergétique, l’intelligence artificielle, les minerais critiques, le changement climatique ou la souveraineté alimentaire redessinent déjà l’économie mondiale. Attendre, c’est subir. Anticiper, c’est choisir sa place dans le monde de demain. La vision du Président de la République ne prendra toute sa dimension que si cette culture irrigue l’ensemble de l’administration, des collectivités territoriales et des entreprises publiques.
Une doctrine d’État, pas un slogan
Le XXIᵉ siècle ne consacrera pas les nations les plus riches, mais celles qui gouvernent le mieux. La véritable richesse d’un pays réside moins dans son sous-sol que dans la qualité de ses institutions. Le rendez-vous historique du Gabon est là : faire de la planification, de l’évaluation et de l’anticipation non plus des outils administratifs, mais une véritable doctrine d’État. C’est à cette condition que la refondation cessera d’être une promesse pour devenir une réalité durable.
Yves Fernand Manfoumbi