La transformation de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) est désormais entrée dans une phase décisive. Après l’annonce de sa scission en deux entreprises spécialisées, le gouvernement s’attèle à préparer une réforme qui ambitionne de rebâtir un secteur fragilisé depuis plusieurs années par des difficultés techniques, financières et organisationnelles. Mais au-delà des textes et des décisions administratives, c’est l’adhésion des femmes et des hommes de l’entreprise qui apparaît aujourd’hui comme la véritable clé de cette transition.
C’est dans cet esprit que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est entretenu avec les agents de la SEEG au Centre des métiers Jean Violas d’Owendo. Une rencontre organisée à leur demande, après l’appel lancé par le Syndicat des travailleurs de l’eau et de l’énergie (SYNTEE+), désireux d’échanger directement avec le chef de l’État sur l’avenir de leur entreprise.
Loin d’un simple exercice de communication, les échanges ont permis de mettre sur la table les difficultés qui plombent le fonctionnement de la société. Les agents ont évoqué les pannes récurrentes, les insuffisances dans l’organisation, les difficultés de gestion ainsi que les pratiques qui ont progressivement affecté les performances de l’entreprise. Plusieurs intervenants n’ont pas hésité à reconnaître que le redressement attendu passera aussi par une remise en cause des habitudes internes.

Cette volonté de repartir sur de nouvelles bases intervient alors que l’État a choisi de rompre avec le modèle actuel de la SEEG. Dès 2027, deux sociétés autonomes prendront le relais. La première, La Gabonaise des Eaux, sera exclusivement consacrée à la production et à la distribution de l’eau potable. La seconde, Électricité du Gabon, aura pour mission de développer les infrastructures énergétiques et d’accompagner la transition vers un système électrique plus performant.
Avant cette échéance, une importante phase préparatoire est engagée. Elle comprendra notamment un audit de l’entreprise, la répartition des actifs, le redéploiement des personnels et la mise en place des nouvelles structures de gouvernance.
Pour le chef de l’État, cette réforme ne pourra toutefois produire les effets attendus sans une profonde évolution des comportements. « Aucune réforme ne peut aboutir sans une gouvernance reposant sur la rigueur, la transparence, la redevabilité et la défense de l’intérêt général », a-t-il déclaré devant les agents. Un message qui sonne comme un avertissement alors que les pertes liées aux fraudes et aux branchements irréguliers continuent de peser lourdement sur les finances de l’entreprise.
Brice Clotaire Oligui Nguema a également rappelé que l’accès à l’eau potable et à l’électricité constitue bien plus qu’un simple service public. « L’eau et l’électricité sont un droit fondamental et un levier essentiel du développement économique, de la santé, de l’éducation et de l’amélioration des conditions de vie des populations », a-t-il insisté, réaffirmant sa volonté de faire de ce secteur un pilier de la politique de modernisation engagée depuis son arrivée au pouvoir.
À l’issue des discussions, les agents ont exprimé leur engagement à accompagner cette nouvelle étape et à contribuer au redressement de l’entreprise. Le président de la République a ensuite visité les ateliers du Centre Jean Violas, dont les capacités de formation devraient être mises à contribution pour accompagner la montée en compétences des futurs professionnels des secteurs de l’eau et de l’électricité.
Si la réforme entre aujourd’hui dans sa phase concrète, son succès dépendra autant des investissements à venir que de la capacité des futurs opérateurs à instaurer une culture de gestion plus exigeante. C’est sur ce terrain que se jouera, dans les prochaines années, la crédibilité de la nouvelle architecture imaginée pour garantir aux Gabonais un accès plus fiable à deux services essentiels.