Poste SA : vive tension à Lalala après l’agression d’un agent lors d’une mobilisation syndicale

La crise qui secoue depuis plusieurs mois la Poste SA a franchi un nouveau cap ce mercredi 20 mai à Libreville. Au bureau de poste de Lalala, une tentative de conférence de presse organisée par des agents syndiqués s’est transformée en scène de fortes tensions, révélant au grand jour le malaise profond qui mine cette entreprise publique historique. « Quelles que soient vos raisons, vous répondrez devant la justice gabonaise »,a averti Germain Biahodjow.

Entre salaires impayés, conflits administratifs et accusations de dérives dans la gestion interne, les employés dénoncent une situation devenue, selon eux, « intenable ». L’intervention des forces de sécurité, suivie de la réaction ferme du ministre de la Communication et des Médias Germain Biahodjow, a donné une dimension politique et nationale à cette affaire.

Une parole syndicale empêchée

À l’origine de l’incident, les représentants syndicaux souhaitaient alerter l’opinion sur les difficultés auxquelles font face les agents de la Poste. Les travailleurs entendaient évoquer publiquement les retards de salaires, les conditions de travail dégradées ainsi que plusieurs décisions administratives contestées au sein de l’entreprise.

Mais dès les premières installations destinées à accueillir les journalistes, des agents de sécurité sont intervenus pour empêcher la tenue du rassemblement. Une intervention perçue par les syndicalistes comme une tentative d’intimidation visant à réduire au silence les revendications des employés.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, la situation s’est rapidement tendue avec l’arrivée de policiers et d’agents de sécurité privés.

L’incident du chien ravive la colère

L’atmosphère a basculé lorsque des agents affirment qu’un chien utilisé par les équipes de sécurité aurait blessé un employé de la Poste. L’incident a profondément choqué les travailleurs présents, déjà exaspérés par plusieurs mois de tensions sociales.

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Pour les syndicalistes, cet épisode symbolise le climat de crispation qui règne actuellement au sein de l’entreprise publique. Malgré cette montée de tension, les agents ont maintenu leur volonté de dénoncer publiquement la dégradation des conditions de travail dans plusieurs centres postaux de la capitale.

Les employés évoquent notamment des bâtiments vétustes, un manque d’équipements adaptés et des conditions d’exercice qu’ils jugent incompatibles avec le bon fonctionnement du service public.

La réaction ferme du ministre Germain Biahodjow

Alerté par les incidents survenus à Lalala, le ministre de la Communication et des Médias Germain Biahodjow s’est rendu sur les lieux afin de constater la situation. « Appelez-moi la DGR, ce monsieur sera entendu par les autorités compétentes », a lancé le ministre après avoir été informé de l’incident impliquant le chien.

Visiblement remonté, le membre du gouvernement a condamné l’usage de la force contre les agents, notamment l’intervention du chien ayant blessé un employé. Il a rappelé que les opérations de maintien de l’ordre relèvent exclusivement des forces publiques légalement habilitées.

Le ministre a également annoncé que des responsabilités seraient établies et que les personnes impliquées dans les violences devraient répondre de leurs actes devant la justice. « Appelez-moi la DGR, ce monsieur sera entendu par les autorités compétentes », a lancé le ministre. « Au Gabon, il existe la police et la gendarmerie, pas des sociétés privées qui mordent des citoyens »,
a-t-il ajouté.

Une crise structurelle ancienne

Au-delà des incidents du jour, Germain Biahodjow a reconnu l’existence d’un malaise ancien au sein de la Poste gabonaise. Selon lui, les difficultés de cette entreprise publique ne datent pas d’aujourd’hui et résultent de problèmes structurels accumulés depuis plusieurs décennies.

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Le ministre estime que les différentes stratégies mises en œuvre jusque-là n’ont pas permis de résoudre durablement les difficultés financières et organisationnelles de la société. Il affirme toutefois avoir engagé des démarches auprès des administrations concernées afin d’accélérer le traitement du dossier des salaires.

Une direction sous contestation

Au cœur de la colère des postiers figure surtout la question des rémunérations. Plusieurs agents affirment ne plus percevoir leurs salaires depuis quatre mois, une situation qui plonge de nombreuses familles dans une grande précarité.

À cette crise financière s’ajoutent des tensions internes liées à certaines décisions administratives, notamment des mutations et des mesures jugées arbitraires par les représentants syndicaux. Ces derniers dénoncent un climat devenu conflictuel depuis l’arrivée de la nouvelle direction générale.

Le membre du gouvernement a également évoqué des dysfonctionnements internes au niveau de la gouvernance de la Poste. Certaines décisions prises récemment par la direction générale seraient, selon lui, contraires aux orientations arrêtées par les autorités.

Des interrogations persistent notamment sur des affectations de personnel, des actes administratifs et des décisions financières engagées malgré les changements intervenus à la tête de l’entreprise.

Une institution historique au bord de la rupture

Cette nouvelle flambée de tensions met une nouvelle fois en lumière l’état critique de la Poste SA, confrontée depuis des années à des difficultés financières, organisationnelles et sociales récurrentes.

Pour de nombreux observateurs, la situation actuelle dépasse désormais le simple cadre d’un conflit social. Elle pose plus largement la question de la réforme des entreprises publiques au Gabon, de leur viabilité économique et de leur capacité à assurer efficacement leurs missions de service public.

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En attendant des réponses concrètes des autorités, les agents réclament avant tout le paiement de leurs salaires, l’amélioration de leurs conditions de travail et le retour d’un climat apaisé au sein de cette institution emblématique du pays.

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