Deux nourrissons meurent dans un incendie à Bitam

Un drame d’une rare violence a endeuillé la ville de Bitam, dans l’extrême nord du Gabon, où deux nourrissons ont trouvé la mort dans un incendie qui a réduit en cendres l’habitation familiale. L’un avait dix mois, l’autre dix-sept mois à peine. Tous deux ont péri dans les flammes après avoir été laissés sans surveillance adulte, confiés à la garde d’un enfant de six ans pendant que les personnes censées veiller sur eux vaquaient à leurs occupations.

Cette tragédie, survenue il y a quelques jours dans la localité surnommée la ville des Trois Frontières en raison de sa position à la lisière du Cameroun et de la Guinée équatoriale, illustre de manière saisissante les failles parfois vertigineuses de la protection de l’enfance dans certains foyers gabonais.

Les circonstances du drame, aussi banales en apparence que terrifiantes dans leur enchaînement, disent long sur la fragilité des dispositifs de garde informels qui prévalent encore dans de nombreux ménages. Partie assister à une veillée mortuaire, la mère de famille avait laissé à sa fille aînée, Elise, la responsabilité de ses deux jeunes frères, âgés de six ans et dix mois. Mais cette dernière, elle-même mère d’un bébé de dix-sept mois, a cru pouvoir déléguer à son tour cette charge à un enfant de six ans à peine, le temps d’une sortie nocturne entre amies. Une cascade de délégations informelles, chacune plus inadaptée que la précédente, qui a fini par placer trois très jeunes enfants seuls dans une habitation, sans aucune supervision adulte digne de ce nom.

C’est dans ce contexte de vulnérabilité extrême qu’une bougie allumée avant son départ par la jeune mère aurait mis le feu à la maison, construite en planches et en tôles, matériaux qui ne pardonnent aucune négligence face aux flammes. Le petit garçon de six ans, seul rescapé conscient de la scène, serait parvenu à sortir à temps pour alerter une tante habitant à proximité. Mais le temps que les secours de fortune s’organisent, l’incendie avait déjà tout emporté. Les deux nourrissons, endormis et incapables de fuir par eux-mêmes, n’ont eu aucune chance face à la rapidité de propagation des flammes dans une structure aussi précaire.

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Le bilan humain de ce drame est d’autant plus déchirant qu’il frappe une même famille à deux générations, la grand-mère, partie veiller un défunt, retrouve à son retour ses deux plus jeunes enfants disparus, tandis que sa fille aînée devra désormais répondre de ses actes devant la justice gabonaise, poursuivie pour négligence et abandon de nourrissons. Une décision judiciaire qui, au-delà du cas individuel, pose la question plus large de la responsabilité pénale des adultes, même très jeunes, dans un pays où la garde des enfants par des enfants demeure une pratique répandue, souvent tolérée par défaut de moyens ou de vigilance communautaire.

Ce fait divers tragique, aussi isolé puisse-t-il paraître, rappelle avec une brutalité implacable les risques que font peser certaines habitudes domestiques sur les plus jeunes, notamment dans les zones où l’habitat précaire côtoie l’absence de dispositifs de protection de l’enfance structurés. Il interroge également, en creux, la nécessité d’une sensibilisation accrue des familles gabonaises sur les dangers de la garde d’enfants en bas âge par des mineurs, une pratique qui, loin d’être anecdotique, continue de coûter la vie à des innocents à travers le pays.

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