Santé mentale : prévention du suicide, écouter, repérer, accompagner pour sauver des vies

Parler du suicide reste difficile, tant le sujet demeure entouré de silence, de peur et de préjugés. Pourtant, derrière une personne qui envisage de mettre fin à ses jours peut se trouver une souffrance profonde, parfois difficile à percevoir pour son entourage. Pour les psychologues cliniciens Obiang Prince Elisée et Ossiala Soumbou Ceti Pierre, la prévention repose notamment sur l’écoute, l’empathie, l’absence de jugement et la capacité à orienter rapidement une personne en détresse vers une aide adaptée.

Pour les psychologues, comprendre le suicide suppose d’abord de le replacer dans le champ plus large de la souffrance psychologique et de la santé mentale. Le suicide correspond à un acte visant intentionnellement à provoquer sa propre mort ; il ne constitue toutefois pas, à lui seul, une maladie mentale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que les conduites suicidaires ont des causes multiples et peuvent être associées à des troubles mentaux, notamment la dépression et les troubles liés à la consommation d’alcool, mais aussi à des situations de crise ou à des facteurs tels que l’isolement, les violences, les conflits relationnels, les difficultés financières, le deuil, la douleur ou certaines maladies chroniques. Les troubles bipolaires et certains autres troubles mentaux peuvent également accroître le risque suicidaire.

Pour autant, une personne confrontée à un trouble mental ne passera pas nécessairement à l’acte, et une crise suicidaire peut également survenir chez une personne sans diagnostic psychiatrique. C’est pourquoi, selon cette approche, les idées suicidaires doivent être considérées comme un signal de souffrance nécessitant une attention particulière, une écoute et, lorsque la situation l’exige, une orientation vers un professionnel de santé mentale.

La prévention du suicide commence d’abord par la reconnaissance de la souffrance psychologique. Pour le psychologue clinicien Obiang Prince Elisée, cette étape reste particulièrement importante dans un contexte culturel où certaines souffrances peuvent être minimisées. « Parler de prévention au suicide revient d’abord à mentionner l’acceptation de la réalité d’une souffrance pouvant conduire au suicide », explique-t-il. Selon lui, « le milieu culturel africain tend à minimiser cette souffrance », ce qui peut favoriser un mal-être qui, lorsqu’il s’accompagne de honte ou de sentiment de mépris, peut évoluer vers une dépression et des pensées suicidaires.

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Une souffrance qui ne se voit pas toujours

Une personne en détresse ne manifeste pas nécessairement son mal-être de manière évidente. Certaines continuent à travailler, à étudier ou à maintenir leurs relations sociales, donnant parfois à leur entourage l’impression que tout va bien. D’autres peuvent, au contraire, s’isoler progressivement, perdre intérêt pour leurs activités habituelles ou exprimer un profond désespoir.

Ces changements ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un risque suicidaire. Ils doivent être replacés dans leur contexte et surtout conduire à une attitude d’écoute. Pour le Psy. Obiang Elisée, le manque d’écoute et d’empathie peut aggraver le mal-être d’une personne qui se sent incomprise. Il insiste ainsi sur la nécessité de considérer la souffrance psychologique avec sérieux, plutôt que de la minimiser ou de la juger à partir de ses propres représentations.

Briser le silence

Le psychologue clinicien Ossiala Soumbou Ceti Pierre, quant à lui insiste aussi sur le rôle du dialogue. Selon lui, la première barrière à la prévention reste souvent le silence. Les personnes confrontées à des pensées suicidaires peuvent hésiter à en parler par peur du jugement ou de l’incompréhension. Une idée reçue contribue également à maintenir ce silence, celle selon laquelle demander directement à quelqu’un s’il pense au suicide pourrait lui suggérer cette idée.

Pour le Psy. Ossiala Soumbou, cette crainte est infondée. « Au contraire, cette question, posée avec sincérité et sans jugement, soulage souvent la personne et ouvre un espace de parole qu’elle n’osait pas provoquer elle-même », affirme-t-il. L’entourage peut ainsi constituer une première ligne d’écoute importante. Famille, amis ou collègues ne sont pas appelés à remplacer les professionnels de santé mentale, mais peuvent contribuer à repérer une situation préoccupante et à rapprocher la personne d’une aide adaptée.

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Écouter avant de juger

L’écoute ne signifie toutefois pas chercher immédiatement à apporter une solution à tous les problèmes. Face à une personne en grande détresse, certaines réactions peuvent au contraire fermer le dialogue, minimiser sa souffrance, lui demander simplement de « rester forte », lui faire des reproches ou comparer sa situation à celle d’autres personnes.

La prévention passe plutôt par une présence attentive et une écoute sans jugement. « La prévention du suicide passe donc par cette écoute et non un jugement hâtif basé sur nos propres appréhensions », souligne le Psy. Obiang Elisée. Il ajoute que l’empathie permet de reconnaître la dimension humaine de la souffrance et de ne pas laisser la personne seule face à ce qu’elle traverse.

Le professionnel, un relais essentiel

Lorsque la situation devient grave, l’écoute de l’entourage ne suffit pas nécessairement. Le recours à un professionnel de santé mentale peut alors devenir indispensable. Pour le Psy. Obiang Elisée, il ne s’agit pas simplement de donner des conseils, mais « de réparer et sauver des vies ».

Le Psy. Ossiala Soumbou rappelle de son côté qu’il n’est pas nécessaire d’être soi-même un professionnel de santé pour intervenir dans les premières étapes de la prévention. « Écouter sans jugement et orienter vers les bonnes ressources suffit souvent à faire la différence », estime-t-il. Dans une situation où une personne exprime des pensées suicidaires ou semble exposée à un danger immédiat, il est toutefois nécessaire de rechercher rapidement une aide professionnelle ou une prise en charge d’urgence et de ne pas la laisser seule face au risque.

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Faire de la prévention une responsabilité collective

La prévention du suicide ne relève donc pas uniquement des psychologues ou des structures médicales. Elle concerne également les familles, les établissements scolaires et universitaires, les entreprises et, plus largement, les communautés. Réduire la stigmatisation autour de la santé mentale peut permettre à davantage de personnes de parler de leurs difficultés et de demander de l’aide.

Les deux psychologues cliniciens se rejoignent ainsi sur un point essentiel, le silence et le jugement peuvent éloigner une personne en souffrance de l’aide dont elle a besoin. À l’inverse, une écoute attentive peut constituer un premier pas vers l’accompagnement. Prévenir le suicide, ce n’est pas prétendre résoudre seul une situation complexe, mais savoir reconnaître la détresse, prendre la parole de la personne au sérieux et l’orienter vers les ressources compétentes. Lorsqu’une vie peut être en danger, chaque geste d’écoute et chaque démarche vers l’aide comptent.

Au Gabon, les personnes en situation de détresse psychologique peuvent également se tourner vers les structures de prise en charge en santé mentale. Le 1324 est le numéro vert permettant de solliciter une écoute auprès de professionnels de santé mentale du Centre National de Santé Mentale de Melen, notamment des psychologues, ou d’être orienté vers des psychiatres. D’autres possibilités de consultation existent également dans les structures sanitaires publiques et privées, notamment au CHUL, au CHUO et au Centre de santé de la Peyrie, ainsi que dans d’autres établissements disposant de services de santé mentale. En cas de détresse importante ou de risque immédiat, il est recommandé de rechercher rapidement une prise en charge professionnelle.

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