Désinformation et mésinformation en santé, quand les infox peuvent nuire à la santé

La désinformation et mésinformation en matière de santé a été au cœur de l’émission Priorité santé de RFI, diffusée le 9 septembre 2026. Fausses croyances, mauvaises interprétations, rumeurs ou manipulations de données, les informations médicales erronées se multiplient, notamment sur Internet et les réseaux sociaux. Pour les professionnels de santé, l’enjeu ne consiste plus seulement à soigner, mais aussi à expliquer, corriger et rétablir la confiance.

Dans Priorité santé, RFI s’est intéressée aux mécanismes de la désinformation médicale et à leurs conséquences sur les comportements de santé. Selon une enquête menée en partenariat avec l’Inserm montre que des personnes ont déjà été confrontés à une fausse information dans le domaine de la santé. Ces infox peuvent prendre différentes formes comme les fausses croyances transmises au fil du temps, les mauvaises interprétations de données scientifiques, les rumeurs ou encore manipulations destinées à faire adhérer le public à des affirmations sans fondement scientifique.

Des croyances banalisées sur les réseaux sociaux

Certaines de ces affirmations prennent une apparence anodine et se diffusent pourtant rapidement. L’émission évoque notamment des croyances liées à l’alimentation et à la perte de poids, comme l’idée selon laquelle boire de l’eau avec du citron permettrait de faire disparaître la graisse. D’autres conseils, comme l’application de citron sur les aisselles, sont également relayés alors qu’ils peuvent notamment irriter la peau.

Le phénomène est aussi alimenté par des figures d’influence qui contribuent à populariser certaines affirmations auprès de leurs communautés. Dans ce contexte, une information répétée de nombreuses fois peut finir par être perçue comme vraie, même lorsqu’elle ne repose pas sur des preuves scientifiques solides. La difficulté consiste donc à comprendre les mécanismes d’influence et à adapter les réponses aux différents moyens de communication utilisés par le public.

Lire Aussi:  Santé mentale : l’illusion du bonheur permanent

Pour le Pr Boris Hansel, endocrinologue-nutritionniste, la situation est devenue suffisamment importante pour constituer un véritable enjeu de santé publique. « Que la désinformation et la mésinformation sont devenues un problème de santé publique », explique-t-il dans l’émission. Selon lui, les professionnels constatent notamment que des patients arrivent en consultation avec « énormément d’idées reçues » et « énormément de défiance sur les traitements ». Il souligne ainsi l’influence de ce que les patients peuvent entendre et voir dans leur environnement informationnel.

Informer plutôt que simplement interdire

Face à cette réalité, le Pr Boris Hansel estime que le professionnel de santé doit aller au-delà du simple conseil consistant à ne pas écouter ou croire certaines informations. Le temps médical doit aussi permettre de discuter avec les patients, de comprendre ce qu’ils ont entendu et de leur apporter des explications adaptées. Autrement dit, il ne suffit pas de démentir : il faut expliquer, convaincre et surtout comprendre les ressorts qui rendent certaines informations crédibles.

Le problème devient particulièrement préoccupant lorsque les infox influencent directement les décisions médicales. Elles peuvent conduire une personne à remettre en question un traitement, à modifier sa prise en charge ou à utiliser des produits présentés comme naturels sans en mesurer les éventuels risques. Les professionnels de santé sont alors amenés à interroger leurs patients sur leurs pratiques, notamment lorsqu’ils associent traitements médicaux, produits naturels ou compléments alimentaires.

Restaurer la confiance

La crise du Covid-19 a également contribué à renforcer la défiance autour de certaines informations médicales. Dans un environnement où les contenus circulent rapidement, développer l’esprit critique apparaît donc essentiel. Vérifier l’origine d’une information, identifier son auteur, rechercher les sources citées et distinguer une opinion d’un résultat scientifique sont autant de réflexes permettant de mieux résister aux infox.

Lire Aussi:  La SNI encadre la régularisation foncière et met en garde contre la spéculation

À travers ce sujet, Priorité santé met en lumière une évolution importante du rôle des professionnels de santé. Face à la multiplication des contenus médicaux disponibles en ligne, la consultation devient aussi un espace de pédagogie et de dialogue. Corriger les fausses informations, expliquer les données scientifiques et comprendre les inquiétudes des patients apparaissent désormais comme des éléments essentiels pour restaurer la confiance. En matière de santé, une information largement partagée n’est pas nécessairement une information fiable : avant de croire, de suivre ou de transmettre un conseil médical, il reste indispensable de vérifier.

Cette situation montre l’importance de l’information dans l’adhésion aux politiques de prévention. Une personne confrontée à des messages contradictoires sur un vaccin, un médicament ou une maladie peut être amenée à douter de la parole des professionnels. Or, une information diffusée sur WhatsApp, Facebook, TikTok ou d’autres plateformes ne devient pas fiable simplement parce qu’elle est largement partagée. Au Gabon comme ailleurs, la difficulté consiste donc à aider les populations à distinguer une information provenant d’une source sanitaire identifiable d’une affirmation sans preuve.

La réponse passe aussi par les professionnels de santé. Le ministère gabonais a déjà engagé des actions de renforcement des compétences de personnels de santé en communication pour le changement de comportement et en mobilisation sociale. Une formation organisée en 2023 avait notamment pour objectif de développer des approches de communication adaptées aux communautés et de renforcer leur participation aux programmes de vaccination.

Mais la lutte contre les infox ne peut pas reposer uniquement sur le démenti après la diffusion d’une rumeur. Elle suppose également de rendre l’information médicale fiable plus accessible et plus compréhensible. Pour le patient, quelques réflexes peuvent limiter les risques : vérifier l’auteur d’une publication, rechercher la source originale, se méfier des promesses de guérison rapide et demander conseil à un professionnel avant de modifier un traitement ou de renoncer à une prise en charge. Le développement de l’esprit critique devient ainsi un véritable outil de prévention.

Lire Aussi:  Eau en sachet : la consommation et la distribution désormais interdite par l'AGASA

Le cas gabonais rappelle enfin que la désinformation en santé n’est pas seulement un problème numérique. Elle peut toucher directement les comportements individuels et lorsqu’elle concerne la vaccination ou les traitements, avoir des conséquences collectives. La réponse doit donc associer autorités sanitaires, professionnels de santé, médias et citoyens. Dans ce combat, l’enjeu n’est pas seulement de corriger les fausses informations, mais aussi de construire une relation de confiance suffisamment solide pour que les populations sachent où chercher une information de santé fiable avant de prendre une décision.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *