Malgré des gros budgets votés chaque année, l’état des établissements scolaires publics (écoles primaires, collèges et lycées) est jugé accablant et de plus en plus précaire. Cette situation persiste, même après des changements à la tête de l’État et malgré la présence ininterrompue de la même figure au poste de Ministre de l’Éducation depuis l’ère Ali Bongo, traversant la transition pour être reconduite sous le régime du Président Oligui Nguema.
Les établissements primaires, collèges et lycées du pays manquent cruellement de moyens de base. Dans certaines écoles, il n’existe pas de machines pour imprimer les bulletins. Dans d’autres, il est impossible de produire ne serait-ce qu’une simple copie d’examen. L’exemple de l’école publique d’Awendjé est révélateur. Une note interne, datée du 25 novembre 2025, exige des parents 500 FCFA pour l’impression des bulletins et 500 FCFA supplémentaires pour les copies d’examen, soit 1000 FCFA par enfant pour obtenir le strict nécessaire pédagogique. Autrement dit, le budget de fonctionnement n’arrive pas, et ce sont les familles qui doivent compenser.
Par ailleurs, selon un rapport relayé par l’Unicef, 27 % des écoles publiques gabonaises ne disposent pas d’un point d’eau amélioré, 1 sur 5 n’a pas de toilettes, et un tiers des établissements présentent des signes d’excrétion en plein air. Ce constat, déjà alarmant, se double d’observations récentes : pour la rentrée 2025, plusieurs écoles sont décrites comme « plongées dans une insalubrité notoire » toilettes bouchées ou inexistantes, salles jamais nettoyées, absence totale de matériel d’entretien. Or, dans les discours officiels, l’hygiène scolaire reste une « priorité nationale »
Selon des responsables locaux, plus de 60 % des écoles publiques souffrent d’un manque flagrant de fournitures administratives essentielles. Les directeurs peinent à assurer le nettoyage des salles et des toilettes, faute de ressources adéquates. Quant à la petite main-d’œuvre, souvent méprisée et non intégrée à la fonction publique, elle travaille dans des conditions indignes, supportant le poids de l’entretien minimal des établissements.
Chaque année pourtant, le Ministère défend un budget colossal devant l’Assemblée nationale et le Sénat. Pour 2025, le budget de l’Éducation nationale s’élève à près de 1 200 milliards de francs CFA, somme théoriquement suffisante pour rénover toutes les écoles et fournir matériel et personnel adéquat. Alors pourquoi ces sommes considérables ne se traduisent-elles jamais en améliorations concrètes pour les élèves et le personnel ?
Cette situation soulève des questions brûlantes : où va l’argent ? Pourquoi ces budgets ne parviennent-ils jamais aux établissements ? Pourquoi les écoles continuent-elles d’être laissées à l’abandon, malgré les promesses et les moyens théoriques ? Ces interrogations sont d’autant plus pressantes que le pays investit lourdement sur le papier, tandis que des élèves continuent d’étudier dans des salles délabrées et parfois insalubres.
À la fin, les Gabonais ne peuvent que s’interroger : à qui profite réellement cet argent, et pourquoi la situation dans nos écoles reste-t-elle si dramatique, année après année ? L’éducation nationale, pourtant socle du développement du pays, semble être une victime des priorités mal orientées, laissant des générations entières d’élèves dans la précarité. Il est urgent que des mécanismes de transparence et de contrôle soient mis en place pour que le budget serve réellement à ceux pour qui il est destiné, les élèves et leurs enseignants.