Le gouvernement s’apprête à engager l’une des plus importantes restructurations du secteur public gabonais depuis plusieurs décennies. Face aux difficultés récurrentes d’accès à l’eau potable et aux délestages qui continuent d’affecter des milliers de ménages à travers le pays, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a annoncé devant le Parlement réuni en Congrès une réforme majeure de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) : la séparation définitive des activités liées à l’eau et à l’électricité.
Cette décision marque une rupture avec un modèle de gestion mis en place depuis plusieurs années et désormais considéré comme inadapté aux exigences actuelles de développement du pays. Pour le chef de l’État, la coexistence des deux secteurs au sein d’une même entité constitue aujourd’hui davantage une contrainte qu’un avantage.
« La SEEG doit être réformée. C’est pour cela qu’il y aura désormais une séparation de l’eau et de l’électricité », a déclaré le président de la République, faisant de cette transformation une priorité de son action gouvernementale.
Un modèle économique jugé à bout de souffle
À travers cette réforme, les autorités entendent mettre fin à un système dans lequel le secteur de l’eau demeure largement dépendant des recettes générées par l’électricité. Une situation que le chef de l’État considère comme l’une des causes structurelles des dysfonctionnements observés depuis plusieurs années.
Selon lui, cette dépendance financière a progressivement limité la capacité d’investissement dans les infrastructures hydrauliques, retardant la modernisation des réseaux de distribution et compliquant la prise en charge rapide des nombreuses fuites enregistrées à travers le pays.
Dans plusieurs localités, les populations continuent en effet de faire face à des pénuries d’eau récurrentes, tandis que les délais d’intervention sur les réseaux demeurent souvent source de mécontentement. Pour l’exécutif, la création de deux entités distinctes permettra à chaque secteur de disposer d’une gestion autonome, de ressources dédiées et d’objectifs spécifiques mieux adaptés à ses réalités opérationnelles.
S’inspirer des expériences réussies
Pour justifier cette orientation, le président de la République s’est appuyé sur l’expérience de plusieurs pays africains ayant opté pour une gestion séparée des services de l’eau et de l’électricité. Il a notamment évoqué le cas du Sénégal, où cette organisation a permis, selon lui, une meilleure efficacité dans la conduite des investissements et dans l’amélioration du service rendu aux usagers.
L’objectif poursuivi est de bâtir deux opérateurs spécialisés capables de concentrer leurs moyens financiers, techniques et humains sur leurs missions respectives. Une approche qui pourrait favoriser une meilleure planification des investissements et une plus grande réactivité face aux urgences opérationnelles.
Une réforme ambitieuse mais complexe
Si la volonté politique est désormais clairement affichée, les autorités reconnaissent toutefois que la mise en œuvre d’une telle réforme nécessitera du temps. La séparation des infrastructures, des ressources humaines, des systèmes de gestion et des mécanismes de financement représente un chantier d’une grande complexité technique et organisationnelle.
Conscient des attentes des populations, le chef de l’État a tenu à adresser un message de patience aux usagers confrontés quotidiennement aux difficultés d’approvisionnement.
« Je demande au peuple gabonais d’être patient. Nous allons trouver des solutions », a-t-il assuré, tout en rappelant que les études de faisabilité et les différentes étapes préparatoires sont indispensables à la réussite du projet.
Un enjeu majeur pour le développement du pays
Au-delà de la seule réorganisation administrative, cette réforme serait donc une modernisation des services publics. L’accès à l’eau potable et à l’électricité demeure l’un des principaux défis du développement national, tant pour les ménages que pour les entreprises.
La réussite de cette transformation pourrait contribuer à améliorer durablement la qualité du service, réduire les interruptions de fourniture, renforcer les capacités d’investissement et restaurer la confiance des usagers envers les opérateurs publics.
Annoncée comme irréversible par les autorités, la séparation des activités de la SEEG ouvre ainsi une nouvelle page dans l’histoire des infrastructures publiques gabonaises. Reste désormais à traduire cette ambition en résultats concrets pour les populations, qui attendent avant tout une amélioration tangible de leur quotidien.