Cent jours après la mise en place du gouvernement gabonais, le ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la lutte contre la vie chère, Thierry Minko, accompagné de son ministre délégué chargé du Budget, Marc Abeghe, a présenté un premier bilan de l’action gouvernementale. Un exercice marqué à la fois par des annonces de réformes majeures, des résultats jugés encourageants par l’exécutif, mais également par la reconnaissance de plusieurs retards et difficultés persistantes.
Lors de cette intervention largement suivie, le ministre a rappelé que sa feuille de route reposait sur six priorités majeures, la lutte contre la vie chère, la préservation des équilibres macroéconomiques, la gestion rigoureuse des finances publiques, les réformes économiques et l’amélioration du climat des affaires, le pilotage des participations de l’État ainsi que le renforcement de la redevabilité publique.
La lutte contre la vie chère au cœur des priorités
La question du pouvoir d’achat a dominé les échanges. Plusieurs citoyens interrogés ont dénoncé la hausse persistante des prix des denrées alimentaires, y compris des produits locaux comme la tomate, la viande ou encore l’huile alimentaire, parfois vendue au-dessus des tarifs annoncés par les autorités.
Face à ces critiques, Thierry Minko a défendu les mesures déjà engagées. Parmi les décisions phares figure la suspension, via l’arrêté 039, de la taxe de 5 % sur les produits de première nécessité introduite dans la loi de finances 2026. Selon le gouvernement, cette mesure a permis de freiner la flambée des prix observée ces derniers mois.
Le ministre a également mis en avant le lancement de la Centrale d’achat, censée réduire les coûts d’approvisionnement des produits essentiels. Dans le même esprit, un “Méga Marché” organisé au stade d’Angondjé à Akanda a permis la vente de produits à prix réduits. Le sac de riz de 44 kg, habituellement vendu entre 25 000 et 28 000 FCFA, y était proposé à 20 000 FCFA.
Le gouvernement affirme désormais vouloir pérenniser cette politique grâce à un réseau de magasins partenaires labellisés “Centrale d’achat”, déjà déployé à Libreville, Port-Gentil et dans plusieurs localités de l’intérieur du pays.
Reconnaissant toutefois que de nombreux Gabonais ne ressentent pas encore concrètement cette baisse des prix, Thierry Minko a évoqué un déficit de communication et promis de nouvelles opérations commerciales dans plusieurs communes, notamment à Nzeng-Ayong et Owendo.
Un rapprochement stratégique avec le FMI
Autre annonce majeure, le retour du dialogue actif avec le Fonds monétaire international (FMI). Après une période d’incertitude, une délégation de l’institution financière internationale s’est rendue à Libreville.
Le Gabon a officiellement formulé une demande de programme économique et obtenu un accord préliminaire. Pour le gouvernement, cette avancée constitue un signal positif envoyé aux bailleurs internationaux et aux marchés financiers.
Thierry Minko a tenu à défendre cette coopération avec le FMI, souvent critiquée dans l’opinion publique. Selon lui, l’institution représente avant tout un “partenaire sérieux et crédible” capable de rassurer les investisseurs internationaux.
Transparence budgétaire et rigueur financière
Le ministère de l’Économie a également présenté plusieurs réformes destinées à renforcer la transparence des finances publiques.
Parmi elles figure le lancement d’un audit de la dette contentieuse de l’État, ainsi que l’organisation de “cafés budgétaires” destinés à former les agents publics aux nouvelles procédures de gestion financière.
Le gouvernement a également initié un vaste audit des baux administratifs dans la province de l’Estuaire, dans le but de réduire les dépenses liées aux loyers des administrations publiques. Huit provinces sur neuf seraient désormais couvertes par cette opération.
Sur le plan de la masse salariale, les autorités annoncent avoir régularisé plus de 14 000 situations administratives sur les 33 000 prévues au budget 2026. Par ailleurs, près de 70 milliards FCFA de rappels de solde auraient déjà été versés, soit environ 66 % du stock total des arriérés.
Le gouvernement assume cependant une certaine lenteur dans le déblocage des budgets ministériels. Thierry Minko affirme vouloir rompre avec les pratiques du passé en ne finançant que des projets “matures et étudiés”, afin d’éviter les “éléphants blancs”.
La digitalisation comme arme contre la corruption
Le gouvernement mise fortement sur la transformation numérique de l’administration financière. Le ministre a annoncé la mise en service du SYFIP, le nouveau Système Intégré de Gestion des Finances Publiques destiné à remplacer l’ancienne plateforme Vectis.
Cette application vise à interconnecter les différentes administrations financières impôts, douanes, trésor et dette afin d’améliorer la traçabilité des opérations et de renforcer la lutte contre la corruption.
Toutefois, plusieurs limites subsistent. La dématérialisation des procédures douanières reste incomplète. Le système Digitax est encore partiellement déployé et seuls certains modules avancés de Sydonia World sont opérationnels, ce qui continue d’alimenter les lenteurs administratives et les risques de fraude.
Une dette publique élevée mais “maîtrisable”
Le stock de la dette publique gabonaise atteint désormais environ 8 700 milliards FCFA, répartis presque équitablement entre dette intérieure et extérieure.
Malgré ce niveau élevé, Thierry Minko estime que l’endettement n’est pas problématique en soi, à condition qu’il finance des projets structurants et rentables.
Le ministre a notamment évoqué le projet de chemin de fer reliant Belinga à Mayumba, accompagné d’un port en eau profonde. Ce mégaprojet pourrait générer près de 10 000 emplois directs selon les projections gouvernementales.
Réformes du climat des affaires
Le gouvernement revendique également des avancées importantes en matière d’attractivité économique.
Des réformes auraient été engagées au sein des tribunaux de commerce afin de mieux sécuriser les investissements privés. Par ailleurs, la durée de création d’une entreprise serait passée de 58 jours à seulement 48 heures grâce à la numérisation des procédures administratives.
Les petites et moyennes entreprises gabonaises bénéficient désormais d’une réservation de marchés publics allant jusqu’à 150 millions FCFA, une mesure destinée à favoriser l’émergence d’un tissu entrepreneurial local plus solide.
Des chantiers encore inachevés
Malgré ces annonces, plusieurs dossiers stratégiques restent en attente.
L’audit complet de la dette publique n’est pas encore finalisé et le système de pensions de l’État demeure insuffisamment sécurisé. Le projet de retraite complémentaire n’en est encore qu’à ses débuts.
Le gouvernement travaille également sur cinq fonds stratégiques sectoriels dédiés notamment à l’agriculture, à la pêche, à l’énergie, au logement et aux infrastructures. Cependant, les textes nécessaires n’ont pas encore reçu l’autorisation parlementaire.
Dans le secteur avicole, les autorités ambitionnent de mettre fin aux importations de poulet de chair d’ici janvier 2027. Mais aucun plan de transition détaillé n’a encore été présenté, suscitant des inquiétudes parmi les professionnels de la filière.
Enfin, les problèmes logistiques demeurent importants à l’intérieur du pays, notamment concernant le transport des produits alimentaires et les mécanismes de stabilisation des prix.
“En 100 jours, tout ne pouvait pas être fait”
Conscient des attentes de la population, Thierry Minko a adopté un ton mesuré. “En 100 jours, tout ne pouvait pas être fait”, a-t-il déclaré, insistant sur le caractère progressif des réformes engagées.
Le ministre a assuré que les insuffisances relevées seraient progressivement corrigées dans les prochains mois, tout en promettant la poursuite des efforts en matière de digitalisation, de maîtrise des dépenses publiques et de lutte contre la vie chère.
Avec une croissance économique annoncée à 4 % en 2026 supérieure à la moyenne sous-régionale estimée à 2 % le gouvernement affiche désormais une ambition claire : porter à terme la croissance du Gabon à 10 %.
Reste désormais à convaincre une population confrontée au quotidien à la hausse persistante du coût de la vie et impatiente de voir les effets concrets des réformes promises.