Débat d’orientation budgétaire : Jean Gaspard Ntoutoume Ayi alerte sur « une situation budgétaire et financière sans précédent »

À l’occasion du débat d’orientation budgétaire relatif à la préparation de la loi de finances 2027, tenu le 27 juin à l’Assemblée nationale, le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a dressé un diagnostic particulièrement sévère de l’état des finances publiques gabonaises. Dans une intervention marquée par un appel à la responsabilité collective, l’élu a plaidé pour un discours de vérité sur la situation économique du pays et pour des réformes courageuses afin de restaurer l’équilibre des finances publiques.

Dès l’entame de son intervention, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a illustré son propos par une anecdote personnelle remontant à son adolescence. Il a expliqué qu’un ami lui avait un jour reproché de ne pas l’avoir dissuadé d’abandonner ses études, une remarque qui l’a conduit à faire le choix de toujours dire la vérité, même lorsqu’elle peut déranger.

« Je me suis fait la promesse de toujours dire à mes amis ce que je croyais être la vérité. Même si cela doit leur être déplaisant », a-t-il confié, avant d’appliquer ce principe à l’analyse de la situation économique du pays.

« La situation est catastrophique »

S’adressant au ministre de l’Économie et aux membres du gouvernement, le député n’a pas mâché ses mots. « La situation dans laquelle se trouvent les finances publiques de notre pays est catastrophique », a déclaré Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, estimant qu’il était du devoir des responsables publics de tenir « un langage de vérité » aux Gabonais.

Selon lui, le pays traverse « une situation budgétaire et financière sans précédent », qui trouve notamment son origine dans les déséquilibres accumulés au fil des années et qui avaient contribué au changement politique intervenu le 30 août 2023. Si les autorités de la Transition ont dû faire face à des urgences sociales et préserver l’unité nationale, ces efforts, a-t-il reconnu, n’ont pas permis de redresser durablement les finances publiques.

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Un pays riche en ressources, mais confronté à une grave fragilité financière

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a également contesté l’idée selon laquelle le Gabon serait un pays riche au regard de sa situation actuelle. « Dire que le Gabon est un pays riche est le contraire de la vérité. Notre pays a des ressources, d’énormes ressources. Notre pays a un potentiel humain considérable et de nombreux talents », a affirmé le député.

Pour lui, la véritable richesse du pays dépend de sa capacité à transformer ses ressources naturelles en valeur économique grâce au travail, à l’investissement et à une gestion rigoureuse des finances publiques. « Nous devons regarder la réalité en face, consentir les efforts, et même les renoncements nécessaires pour assainir nos finances publiques », a-t-il insisté.

Une dette qui réduit les marges de manœuvre de l’État

L’élu a ensuite détaillé plusieurs indicateurs qu’il juge préoccupants. Il a rappelé que la loi de finances rectificative 2026 prévoit le recours à plus de 1 400 milliards de FCFA d’emprunts, non pas pour financer des investissements, mais pour équilibrer le budget de l’État.

Selon lui, cette stratégie aura un coût important pour les finances publiques.

« Ces emprunts ne financeront pas des investissements. Ils sont sollicités pour équilibrer le budget », a expliqué Jean Gaspard Ntoutoume Ayi.

Il a précisé que les intérêts liés à ces nouveaux emprunts représenteraient plus de 1 000 milliards de FCFA sur les dix prochaines années.

« Ce recours à l’emprunt coûtera au pays une charge financière de plus de 1 000 milliards de FCFA au titre des seuls intérêts, soit l’équivalent de 1 000 kilomètres de routes bitumées », a-t-il souligné.

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Le député a également évoqué les difficultés de trésorerie auxquelles l’État doit faire face. D’après lui, près de 100 milliards de FCFA seront consacrés cette année au paiement d’intérêts et de frais bancaires destinés à couvrir ces tensions de trésorerie.

« Cela représente deux fois le budget de la Justice et cinq fois celui de l’Assemblée nationale. La réalité est celle-là », a-t-il lancé devant les députés.

Un appel à des réformes de fond

Tout en réaffirmant sa confiance dans les capacités du pays à surmonter cette crise, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a estimé que le contexte politique actuel offrait une opportunité pour engager des réformes profondes.

Il a rappelé que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, dispose d’une forte légitimité populaire et du soutien des principales forces politiques pour conduire ces transformations.

Selon le député, le redressement des finances publiques constitue le préalable indispensable à toute stratégie de développement économique.

« Un profond assainissement de nos finances publiques est le préalable à la mise en œuvre de toute stratégie de développement », a déclaré l’élu.

Il a également appelé les autorités à rompre avec certaines pratiques de gestion de la dette.

« Nous devons faire preuve de courage et renoncer aux solutions de facilité que sont le refinancement ou le rééchelonnement. Ces solutions ont montré leurs limites au Gabon comme ailleurs. Elles font la fortune de nos créanciers mais ne sont jamais une solution durable pour notre pays », a conclu Jean Gaspard Ntoutoume Ayi.

Par cette intervention, le député a souhaité replacer le débat budgétaire au cœur des priorités nationales, appelant à une prise de conscience collective sur la nécessité d’assainir durablement les finances publiques afin de redonner à l’État les moyens de financer son développement.

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