Le gouvernement gabonais a lancé, mercredi 20 mai 2026, un vaste exercice de reddition des comptes destiné à exposer devant l’opinion publique les résultats des cent premiers jours du gouvernement réajusté. Premier à ouvrir cette séquence médiatique sur les antennes de Gabon Première, le vice-président du gouvernement et coordinateur de l’action publique, Hermann Immongault, a défendu avec fermeté un bilan qu’il estime « globalement satisfaisant », tout en reconnaissant l’ampleur des attentes sociales qui demeurent à travers le pays.
Dès l’ouverture de l’émission spéciale consacrée aux « 100 jours du gouvernement », le ton a été donné. Hermann Immongault a insisté sur le fait que cet exercice ne relevait ni d’un simple exercice de communication ni d’un « piège politique », mais d’un engagement direct du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en faveur de la redevabilité publique et de la culture du résultat.
Selon le vice-président du gouvernement, chaque membre de l’exécutif a reçu, après sa prestation de serment, une feuille de route précise adossée aux objectifs du Plan National de Croissance et de Développement (PNCD). Cette méthode de gouvernance repose sur une logique managériale articulée autour de trois phases, un diagnostic des administrations durant les trente premiers jours, une phase d’impulsion des réformes entre le 31e et le 75e jour, puis une phase d’accélération destinée à produire des résultats concrets avant le cap des cent jours.
« Cent jours, ce n’est pas mettre en œuvre la totalité d’un projet de société, c’est imprimer un rythme », a expliqué Hermann Immongault, tout en reconnaissant l’existence de certaines contre-performances dans plusieurs secteurs.
Énergie : une montée en puissance encore insuffisante
Très attendu sur les questions liées aux délestages et aux difficultés d’accès aux services essentiels, le coordinateur de l’action publique a mis en avant les efforts réalisés dans les secteurs de l’eau et de l’énergie, considérés comme prioritaires par l’exécutif.
Le gouvernement affirme avoir augmenté la capacité nationale de production électrique de 40,5 mégawatts en seulement trois mois, faisant passer le réseau national d’environ 450 MW à près de 490,5 MW à la mi-mai 2026. Cette progression repose notamment sur l’apport du dispositif Karpowership, la mise en service de la centrale à gaz de Mayumba ainsi que celle de Bongolo.
Hermann Immongault a également annoncé l’arrivée programmée de 195 MW supplémentaires d’ici la fin de l’année 2026 grâce aux projets énergétiques de Kinguélé Aval et aux extensions prévues à Port-Gentil.
Malgré ces avancées, le vice-président du gouvernement a reconnu que les délestages ne disparaîtront pas totalement cette année. Selon lui, les difficultés structurelles du réseau électrique gabonais concernent aussi bien la production que le transport et la distribution de l’énergie. Il affirme néanmoins observer une réduction progressive des coupures dans plusieurs localités, notamment sur l’axe Lambaréné-Mouila-Mitoné après l’activation de la centrale de Bongolo.
Eau potable : le chantier reste immense
Si le gouvernement revendique des progrès dans l’électricité, Hermann Immongault a reconnu que la question de l’eau potable demeure l’un des principaux points faibles de ce premier bilan.
L’exécutif mise notamment sur son partenariat avec le groupe français Suez pour moderniser les infrastructures hydrauliques et réduire les pertes liées aux fuites sur le réseau.
Une quinzaine de forages ont été réalisés afin d’augmenter les capacités d’approvisionnement dans certaines zones critiques, mais le gouvernement estime que les résultats restent insuffisants tant que les grands travaux de réhabilitation et d’installation des compteurs individuels ne seront pas achevés. « Autant nous avons avancé sur l’électricité, autant sur la question de l’eau il nous faut redoubler d’efforts », a reconnu le vice-président du gouvernement.
Souveraineté économique et discipline budgétaire
Au-delà des questions sociales, Hermann Immongault a également défendu la stratégie économique de la Transition, centrée sur la souveraineté financière et la traçabilité des recettes publiques.
Le gouvernement affirme désormais s’appuyer sur un système intégré de gestion des finances publiques ainsi que sur le Compte unique du Trésor afin d’assurer un meilleur contrôle des flux financiers de l’État.
Le vice-président du gouvernement a estimé que le Gabon dispose aujourd’hui d’atouts importants pour attirer les investisseurs, notamment grâce à sa stabilité politique et au repositionnement diplomatique impulsé par le chef de l’État. Il reconnaît toutefois que les lourdeurs administratives et les dysfonctionnements bureaucratiques continuent de freiner l’investissement privé.
Mines, pêche et transformation locale
Sur le plan économique, Hermann Immongault a annoncé la poursuite de l’assainissement du secteur minier. Un audit des permis d’exploitation a été engagé tandis que le gouvernement maintient son objectif de limiter l’exportation brute des minerais afin d’encourager leur transformation locale.
Des discussions ont notamment été engagées avec plusieurs partenaires internationaux autour des projets énergétiques, logistiques et industriels liés aux ressources minières du pays. L’usine de transformation de Nouvelle Gabon Mining devrait ainsi être livrée d’ici fin 2026.
Le gouvernement a également confirmé sa décision de mettre un terme à l’accord de pêche avec l’Union européenne à l’expiration du protocole actuel. Libreville souhaite désormais imposer le débarquement et la transformation locale des produits halieutiques afin de développer une véritable industrie de pêche nationale créatrice d’emplois.
Emploi, numérique et sécurité
Interrogé sur le chômage des jeunes, Hermann Immongault a rappelé que la fonction publique ne pouvait absorber à elle seule toute la demande sociale. Le gouvernement entend donc encourager l’entrepreneuriat via des mécanismes de financement et des lignes de crédit, notamment en direction des jeunes porteurs de projets.
Le numérique a été présenté comme l’un des principaux relais de croissance à l’horizon 2027.
Sur les questions sécuritaires, le vice-président du gouvernement a annoncé la poursuite de la modernisation des forces de défense à travers la mise en œuvre de la loi de programmation militaire et la préparation d’une loi de programmation sécuritaire destinée à renforcer les capacités du pays face aux menaces maritimes, forestières et transfrontalières.
Il a également confirmé l’achèvement des opérations de démarcation frontalière avec le Cameroun.
« L’impunité zéro est une exigence »
Face aux interrogations des citoyens sur la gouvernance publique et les dysfonctionnements de certaines institutions comme la CNAMGS, Hermann Immongault a réaffirmé la ligne de fermeté du président de la Transition.
« L’impunité zéro est une exigence, pas une option », a-t-il déclaré, promettant une gestion plus rigoureuse des finances publiques et davantage de transparence dans l’administration.
Cette série d’auditions télévisées, qui se poursuivra jusqu’au 6 juin prochain, apparaît désormais comme un véritable test politique pour les membres du gouvernement. Pour l’exécutif, l’objectif est double, convaincre l’opinion que les réformes engagées produiront des effets durables et installer une culture de responsabilité, de performance et de transparence publique.