100 jours du Pr Charles Edgar Mombo à l’Enseignement supérieur

Invité de l’émission spéciale « La Grande Nuit des 100 jours du Gouvernement » diffusée sur Gabon Première, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, également porte-parole du gouvernement, Pr Charles Edgar Mombo, a présenté le bilan de ses cent premiers jours d’action à la tête du département ministériel. Face aux journalistes, le membre du gouvernement a détaillé les réformes engagées, répondu aux critiques et dévoilé plusieurs perspectives destinées à moderniser l’enseignement supérieur gabonais.

Une feuille de route articulée autour de quatre priorités

Dès l’entame de l’émission, le ministre a rappelé les orientations fixées par la lettre de mission reçue le 5 janvier dernier du président de la République. Son action repose sur quatre axes majeurs, la réforme académique et la qualité de l’enseignement supérieur, la recherche scientifique au service du développement national, l’amélioration des conditions de vie et de l’employabilité des étudiants, ainsi que la gouvernance universitaire et les réformes administratives.

Selon lui, ces priorités visent à adapter les universités gabonaises aux exigences du marché de l’emploi et aux défis du développement économique du pays.

Vers une professionnalisation accrue des formations

Parmi les principales avancées présentées figure la transformation progressive des cursus universitaires. Le ministre a insisté sur la nécessité de rapprocher les formations des réalités professionnelles.

« Nous sortons progressivement de la théorie pour aller vers la pratique », a-t-il déclaré, citant notamment la création de licences professionnelles dans les métiers de l’immobilier à l’Université Omar Bongo (UOB), une filière jusqu’alors inexistante.

Pour le membre du gouvernement, l’enseignement supérieur ne peut certes pas supprimer à lui seul le chômage, mais il doit contribuer à réduire l’écart entre les formations dispensées et les besoins du marché du travail.

Le numérique et l’assurance qualité au cœur des réformes

Le ministère revendique également des avancées significatives en matière de modernisation pédagogique. Plus de 500 enseignants-chercheurs auraient bénéficié de formations aux outils numériques et aux standards internationaux d’enseignement, avec l’appui de partenaires tels que l’UNESCO et dans le cadre de l’arrimage aux exigences du CAMES.

Parallèlement, des cellules internes d’assurance qualité ont été mises en place dans les universités et grandes écoles afin d’évaluer les programmes de formation, leur pertinence et leur adéquation avec les besoins socio-économiques du pays.

La recherche scientifique appelée à jouer un rôle stratégique

Le Pr Mombo a également mis en avant les efforts engagés pour renforcer la recherche scientifique malgré des ressources financières limitées.

Le Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CENAREST) poursuit notamment des travaux dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation animale. Le ministre a souligné plusieurs innovations développées localement, notamment dans la production de provende et les cultures de soja et de maïs.

L’une des initiatives les plus remarquées concerne l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM), qui produit actuellement entre 800 et 1 300 kilogrammes de poulets de chair par mois. Une activité qui s’inscrit dans la stratégie nationale visant à mettre fin aux importations de poulets de chair à partir de janvier 2027. « L’enseignement supérieur doit s’arrimer à cette vision politique forte », a affirmé le ministre.

De nouveaux mécanismes pour attirer les financements internationaux

Autre annonce importante celle de l’ouverture de comptes spécifiques au sein de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) pour les universités et grandes écoles publiques.

Cette mesure vise à permettre aux établissements de recevoir directement les financements des bailleurs internationaux sans que ces fonds ne soient absorbés dans la gestion globale des finances publiques.

Selon Charles Edgar Mombo, cette réforme devrait rassurer les partenaires internationaux, notamment l’UNESCO, et faciliter le financement de projets universitaires et scientifiques.

Amélioration des conditions de vie étudiante

Sur le plan social, le gouvernement met en avant la réouverture du campus universitaire de l’UOB avec l’attribution de plus de 1 200 lits aux étudiants. À l’USTM, entre 500 et 600 lits supplémentaires auraient également été rendus disponibles.

Cinq restaurants universitaires ont par ailleurs été ouverts afin de renforcer l’offre de restauration sur les campus.

Concernant les bourses, le ministre affirme que l’ensemble des paiements dus au titre de l’année 2025 a été régularisé pour un montant global estimé à 54 milliards de francs CFA. Les allocations de 2026 seraient quant à elles versées jusqu’au mois de mai.

Une dette de 15 milliards réglée au profit des établissements privés

Le gouvernement revendique également un effort financier important en faveur des établissements privés d’utilité publique accueillant des étudiants orientés par l’État.

Selon le ministre, près de 15 milliards de francs CFA ont été décaissés afin de réduire une partie significative de la dette accumulée par l’État auprès de ces établissements.

Cette opération devrait notamment permettre le déblocage de nombreux diplômes et soulager les difficultés financières rencontrées par plusieurs structures partenaires.

Les difficultés des infrastructures au centre des préoccupations

L’émission a également été marquée par des échanges francs sur les difficultés persistantes du système universitaire.

À travers un micro-trottoir diffusé sur le plateau, plusieurs étudiants ont dénoncé la saturation des amphithéâtres, le manque de bancs, les problèmes d’éclairage et l’insuffisance des infrastructures.

Le ministre a reconnu la réalité de ces difficultés.

« Les étudiants disent vrai », a-t-il admis, rappelant que l’enseignement supérieur gabonais aurait connu près de cinquante années sans construction significative de nouvelles infrastructures alors même que la population estudiantine a fortement augmenté.

Il assure néanmoins que les chantiers relancés sous l’impulsion du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) permettront la livraison de nouvelles salles de classe et de nouveaux amphithéâtres dès la prochaine rentrée académique.

Le débat autour du ticket de restaurant universitaire

Interrogé sur la hausse du prix du ticket de restaurant universitaire, passé de 150 à 500 francs CFA, le ministre a défendu une mesure qu’il juge nécessaire.

Selon lui, l’augmentation du coût des denrées alimentaires et les contraintes logistiques rendent impossible le maintien de l’ancien tarif.

Il a toutefois insisté sur le caractère social du prix actuel, estimant que les étudiants continuent de bénéficier d’une restauration subventionnée comprenant entrée, plat principal et dessert.

Tolérance zéro contre la vente obligatoire de fascicules

Parmi les sujets ayant suscité le plus de réactions figure la pratique dénoncée par plusieurs étudiants consistant à imposer l’achat de fascicules comme condition d’accès aux cours ou aux examens.

Le ministre a condamné sans ambiguïté ces comportements.

« Ce n’est pas normal », a-t-il déclaré, annonçant l’envoi imminent de missions de l’Inspection générale dans les établissements concernés.

Des sanctions pourraient être prises si les faits sont avérés.

Dans le même esprit, Charles Edgar Mombo a rappelé que l’inscription pédagogique dans les départements universitaires est censée être gratuite et que toute perception de frais non prévue par les textes fera l’objet de vérifications.

L’échec à l’agrégation du CAMES expliqué par un déficit de préparation

Questionné sur les mauvais résultats enregistrés récemment au concours d’agrégation du CAMES, le ministre a rejeté l’idée d’une défaillance du système de recrutement.

Selon lui, les contre-performances observées seraient principalement liées à une préparation insuffisante des candidats, notamment lors de l’épreuve déterminante de la leçon devant jury.

Tout en reconnaissant le caractère préoccupant des résultats obtenus, il s’est montré optimiste quant aux prochaines sessions.

Des perspectives ambitieuses pour les mois à venir

Le ministre a conclu son intervention en annonçant plusieurs projets structurants.

Parmi eux figurent la livraison prochaine du grand auditorium « Phénix » de l’Université Omar Bongo ainsi que de l’auditorium de l’Université des Sciences de la Santé (USS).

Une Journée nationale de la recherche devrait également être organisée afin de présenter au grand public les travaux des chercheurs gabonais.

Enfin, le gouvernement entend poursuivre les projets des universités d’Oyem et de Mouila, dont les financements sont inscrits dans la loi de finances 2026. La reconstruction de l’INFAMETRA figure également parmi les priorités budgétaires annoncées.

Au terme de cette émission, le ministre de l’Enseignement supérieur a défendu un bilan qu’il estime encourageant au regard des défis hérités du passé. Si plusieurs avancées sont mises en avant, notamment dans les domaines de la professionnalisation des formations, du financement de la recherche et de l’amélioration des conditions de vie estudiantine, les attentes demeurent fortes concernant les infrastructures, la qualité des enseignements et l’employabilité des diplômés.

Les prochains mois permettront de mesurer si les engagements annoncés se traduiront par des changements perceptibles au sein des universités gabonaises.

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