La récente intervention télévisée du Pr. Steeve Robert Renombo, secrétaire général de l’Université Omar Bongo, invitant les nouveaux bacheliers à finaliser leur inscription dans cet établissement, en dit long sur l’attractivité ou plutôt sur la perte d’attractivité de notre première université. Le contraste entre le nombre de préinscriptions enregistrées et celui des inscrits réels est révélateur. Reste à essayer de comprendre comment nous en sommes arrivés là ? Mon expérience d’ancien étudiant et doctorant me conduit à penser que, par-delà la complexité, cette situation résulte de la convergence de deux tensions principales, bien que de polarités opposées.
D’un côté, il y a le manque d’investissement de l’État. En matière de capacités d’accueil, notre université n’a pratiquement pas changé depuis sa création, en 1970. Comme si nos gouvernants n’avaient jamais envisagé la croissance des effectifs étudiants. Pire : tout ce qui contribuait autrefois à l’épanouissement physique et intellectuel de cette jeunesse s’est dégradé au fil des années, au point d’avoir quasiment disparu. Bibliothèque, théâtre, plateaux sportifs, réfectoire, toilettes : tout cela fait aujourd’hui défaut ou laisse grandement à désirer. Ajoutons à cela l’état des amphithéâtres : sonorisation défectueuse, sièges abîmés, absence de climatisation, tableaux à peine utilisables et tout est réuni pour décourager les enseignants comme les étudiants. Pour beaucoup, au regard de son passé et des échos qui en circulent, l’UOB est déjà perçue comme un mouroir à ciel ouvert.
À ces difficultés, s’ajoute un second faisceau de tensions. Presque depuis toujours, de nombreux acteurs ont fait de l’UOB une arène où se règlent des comptes, une sorte d’autel sur lequel on sacrifie l’enseignement et, par ricochet, les étudiants. Combien d’enseignants y sont absentéistes, négligents ou peu productifs ? On pourrait leur en imputer toute la responsabilité. Ce serait injuste : beaucoup souffrent eux-mêmes de trop de maux. Quand ils ne se battent pas pour obtenir un poste budgétaire, ils doivent se battre pour leurs primes, leurs vacations, etc. Dès lors, le clientélisme politique devient souvent la voie la plus sûre. Même sans réelle conviction, beaucoup finissent par devenir militants zélés ou lieutenants d’hommes et de femmes politiques influents. Ainsi, au gré des affinités et des inimitiés, leurs convergences et leurs divergences finissent par réguler ou dérégler le fonctionnement de l’institution universitaire.
La situation est donc complexe. Mais elle renvoie, au fond, à une réalité simple : la volonté de posséder pour mieux vivre. C’est cette même volonté qui convainc de plus en plus de jeunes bacheliers, sans même qu’ils aient fréquenté l’UOB, de choisir des cursus jugés plus faciles et potentiellement plus employables, quitte à payer dix ou vingt fois plus, surtout lorsqu’ils ne souhaitent pas, une fois diplômés, rejoindre les corps, c’est-à-dire, la police ou armée, selon les démembrements. Au fond, cette tendance traduit le long mépris dont notre université a été l’objet. Mépris de l’État, qui n’a peut-être pas mesuré le rôle d’une université dans un pays et l’a laissée mourir à petit feu. Mépris de nombreux acteurs universitaires eux-mêmes, pour qui l’UOB n’est qu’un tremplin vers le mieux, quand elle n’est pas une arène où régler des comptes avec des collègues ou avec les étudiants. Au final, tout le monde la fuit…
Owone Nguema, professeur de philosophie