Après près de six années passées derrière les barreaux, Ngayila Akouangou, Youn Nguema Nguema et Lionnel Bouassa Mbingui ont finalement recouvré la liberté, acquittés à l’unanimité par la Cour d’appel de Libreville siégeant en session criminelle. Incarcérés depuis octobre 2019 pour des faits de vol avec violence et usage d’arme blanche, les trois hommes ont été relaxés faute de preuves suffisantes établissant leur culpabilité. Leur libération, intervenue mercredi dernier, vient clore un dossier judiciaire aussi long que douloureux.
Selon le confrère L’Union, les faits reprochés remontaient à une nuit d’octobre 2019, dans le quartier SNI-Owendo, où deux personnes auraient été braquées. L’une des victimes affirmait avoir perdu 100 000 francs CFA et un téléphone, tandis que la seconde évoquait le vol de 200 000 francs CFA et deux téléphones portables. L’enquête menée à la suite des plaintes avait conduit à l’arrestation de quatre jeunes hommes, dont un fut relâché plus tard. Les trois autres, eux, ont toujours nié en bloc les accusations, assurant n’avoir jamais participé à ces actes criminels.
Durant toute la procédure, marquée par des lenteurs notoires, les accusés ont maintenu leur innocence. Aucun élément matériel probant ne permettant de les relier directement aux faits n’a pu être produit. Malgré cette absence de preuves tangibles, ils ont été maintenus en détention provisoire, subissant une privation de liberté qui aura duré plus de cinq ans et neuf mois. Une situation dénoncée par leurs proches et leur avocat comme une dérive du système judiciaire, incapable de statuer dans des délais raisonnables.
Lors de l’audience, le Ministère public lui-même a fini par requérir leur acquittement, évoquant un dossier insuffisamment étayé et demandant à la Cour de faire prévaloir le doute raisonnable. Une position rare, mais salutaire, qui a conduit les juges à suivre cette logique et à prononcer la libération immédiate des trois accusés. Leurs mandats de dépôt ont été levés sur-le-champ, mettant fin à une détention que beaucoup qualifient d’acharnement judiciaire injustifié.
Cette affaire soulève de profondes interrogations sur le recours excessif à la détention provisoire et les failles récurrentes du système judiciaire gabonais. Si la présomption d’innocence est un pilier fondamental de tout État de droit, encore faut-il qu’elle soit effectivement respectée. Dans ce dossier, la lenteur des procédures et l’absence de preuves auront eu pour seules conséquences la ruine morale, sociale et psychologique de trois jeunes hommes, aujourd’hui libres, mais brisés par une erreur que la justice ne pourra jamais totalement réparer.
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