Santé au Gabon : entre annonces présidentielles et réalités hospitalières, le fossé persiste

En marge de la Fête de la Libération à Makokou, le président Oligui Nguema a promis 44 milliards de FCFA pour moderniser le plateau technique national, complétés par 6 milliards pour la restauration hospitalière et 5 milliards en soutien à la Cnamgs. Sur le papier, l’ambition est louable. Sur le terrain, une question s’impose avec insistance : ces sommes suffiront-elles à corriger des dysfonctionnements qui, depuis des années, minent la confiance des Gabonais envers leur système de santé ?

Le problème des hôpitaux gabonais ne se résume pas à un déficit d’équipements. Dans plusieurs structures sanitaires du pays, y compris dans la capitale, les patients et leurs familles racontent régulièrement les mêmes scènes : des scanners en panne depuis des mois faute de pièces détachées, des blocs opératoires fonctionnant au ralenti, des laboratoires incapables de réaliser certains examens pourtant basiques. Ces pannes chroniques forcent les malades vers les cliniques privées ou les évacuations sanitaires, quand les moyens le permettent. Combien de machines flambant neuves, achetées à grands frais par le passé, finissent aujourd’hui à l’abandon, faute de maintenance planifiée ou de personnel formé à leur utilisation ? La question mérite d’être posée avant même de parler d’un nouvel investissement.

L’accueil, le parent pauvre de la réforme

Au-delà de la technique, c’est la relation entre le soignant et le patient qui interroge. De nombreux témoignages, relayés jusque dans la presse locale, dénoncent un accueil parfois expéditif, voire humiliant, dans certaines formations sanitaires publiques. Des malades affirment avoir attendu des heures aux urgences sans prise en charge, d’autres évoquent des exigences de paiement anticipé avant tout acte médical, y compris dans des situations d’urgence vitale. Ces pratiques, si elles ne sont pas généralisées, sont suffisamment récurrentes pour ternir l’image du service public de santé. Aucun scanner dernier cri ne remplacera un accueil digne et une éthique professionnelle sans faille.

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La Cnamgs, entre promesses et frustrations

L’enveloppe de 5 milliards destinée à la Cnamgs intervient dans un climat de défiance. Les assurés dénoncent depuis longtemps des délais de remboursement interminables, des refus de prise en charge mal expliqués, et des structures sanitaires réticentes à accepter les patients munis de la carte d’assurance, leur préférant le paiement direct. Cette réalité pousse une partie de la population à renoncer purement et simplement aux soins, faute de trésorerie immédiate. Un financement supplémentaire ne réglera rien si les procédures administratives et les relations entre la caisse et les prestataires de soins ne sont pas clarifiées.

Le nerf de la guerre : la traçabilité

Le chef de l’État lui-même semble conscient de ces zones d’ombre, lui qui a exigé que « chaque franc généré par un établissement de santé soit retracé et employé avec rigueur. » Cette instruction n’est pas anodine. Elle fait écho aux nombreuses interrogations sur la gestion des recettes propres des hôpitaux, parfois soupçonnées d’alimenter des circuits opaques plutôt que d’améliorer les conditions de soins. Sans mécanisme de contrôle indépendant et sans sanctions dissuasives contre les dérives constatées, l’argent frais risque de se heurter aux mêmes obstacles que les financements précédents.

Le personnel, entre dévouement et épuisement

Il serait injuste de faire porter aux seuls agents de santé le poids de ces dysfonctionnements. Nombre d’entre eux exercent dans des conditions difficiles, avec des effectifs insuffisants, des salaires versés en retard et un matériel de protection parfois manquant. Cette pénibilité explique en partie certains comportements décriés, sans pour autant les excuser. Le président a raison de saluer leur dévouement et de promettre l’amélioration de leurs conditions de travail ; encore faudra-t-il que cette promesse se traduise par des mesures concrètes de valorisation des carrières et de renforcement des effectifs, notamment dans les zones rurales où le désert médical reste une réalité criante.

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Le verdict sera donné par les patients

Comme le souligne à juste titre le Dr Iloko Boussengui, « encore faut-il que ces financements produisent les résultats attendus sur le terrain. » L’histoire récente du secteur de la santé gabonais est jalonnée de plans de relance et d’annonces budgétaires dont l’impact réel sur le quotidien des patients reste difficile à mesurer. Le véritable test de cette nouvelle enveloppe ne se jouera ni dans les discours ni dans les communiqués officiels, mais dans la capacité des autorités sanitaires à instaurer une gouvernance transparente, à sanctionner les manquements professionnels, et à replacer le patient au centre du système.

Les 44 milliards de FCFA annoncés à Makokou portent en eux une promesse de rupture. Reste à savoir si cette rupture concernera uniquement les machines, ou si elle touchera aussi les pratiques, les mentalités et la culture du service public qui, aujourd’hui encore, éloignent trop de Gabonais des soins auxquels ils ont droit.

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