La France s’apprête à franchir une étape importante dans le processus de restitution des objets africains acquis pendant la période coloniale. Un projet de loi-cadre, qui doit être examiné à l’Assemblée nationale en avril 2026, vise à faciliter le retour de biens culturels conservés dans les collections publiques mais obtenus dans des conditions jugées illégitimes. Cette initiative s’inscrit dans la continuité du discours prononcé en 2017 à Ouagadougou par Emmanuel Macron, dans lequel il s’était engagé à rendre possibles ces restitutions.
Ce projet de loi est l’aboutissement d’un long travail engagé notamment après la publication en 2018 du rapport rédigé par Bénédicte Savoy et Felwine Sarr. Ce rapport a mis en lumière l’ampleur des objets africains présents en Europe et a recommandé leur restitution lorsque leur acquisition résulte de violences, de pillages ou de domination coloniale. Jusqu’à présent, chaque restitution devait faire l’objet d’une loi spécifique, ce qui ralentissait fortement le processus.
Malgré ces obstacles, plusieurs restitutions ont déjà eu lieu ces dernières années. En 2021, la France a restitué 26 œuvres au Bénin, provenant du trésor royal d’Abomey et pillées au XIXe siècle. Plus récemment, en 2026, un tambour sacré a été rendu à la Côte d’Ivoire. D’autres pays comme le Sénégal, Madagascar ou encore l’Éthiopie ont également bénéficié de retours, bien que ceux-ci restent encore limités.
Il faut savoir que des objets gabonais ont déjà été restitués, même si cela reste encore limité. Par exemple, en 2018, le Gabon a récupéré 4 objets d’art qui avaient été emportés à l’étranger pendant la période coloniale . Plus récemment, en 2025, le pays a reçu 90 objets culturels (masques, statues, objets rituels), rapatriés depuis des collections privées . Cela montre que le processus est déjà en marche.
Cependant, il reste encore beaucoup d’objets à restituer. On estime qu’il y a environ 2 500 œuvres gabonaises conservées dans les musées français, notamment au musée du quai Branly . Ces objets (masques Fang, reliquaires Kota, statues Punu, etc.) font partie du patrimoine culturel du Gabon et pourraient, pour certains, faire l’objet de demandes de restitution dans le futur.
L’ampleur du phénomène est considérable, environ 90 000 objets d’Afrique subsaharienne sont aujourd’hui conservés dans les collections publiques françaises. Toutefois, tous ne sont pas concernés par une restitution. Chaque demande doit être étudiée individuellement, en tenant compte de l’histoire de l’objet, des conditions de son acquisition et des demandes formulées par les pays d’origine.
La future loi-cadre devrait permettre d’accélérer ces restitutions en simplifiant les procédures juridiques. Elle marque une évolution importante dans la manière dont la France aborde son passé colonial. Au-delà de la question des objets, cette démarche soulève des enjeux de mémoire, de justice historique et de relations internationales, en répondant aux attentes croissantes des pays africains pour la reconnaissance et la réparation des injustices du passé.