République démocratique du Congo : la révision constitutionnelle relance les tensions politiques

À Kinshasa, le débat sur la réforme de la Constitution de 2006 s’installe à nouveau au cœur de la vie politique. L’Union sacrée de la nation, coalition au pouvoir soutenant le président Félix Tshisekedi, a officiellement lancé, lundi 20 avril, un appel à contributions adressé aux partis politiques, à la société civile, aux syndicats, aux confessions religieuses et aux juristes. Tous sont invités à soumettre, dans un délai d’un mois, leurs propositions en vue d’une éventuelle révision du texte fondamental.

Présentée comme une démarche inclusive, cette initiative vise à alimenter un rapport destiné au chef de l’État. Mais au-delà de la procédure, c’est bien la question de la limitation des mandats présidentiels qui cristallise les tensions. La Constitution actuelle limite à deux le nombre de mandats, ce qui empêcherait Félix Tshisekedi de se représenter en 2028.

Depuis plusieurs semaines, le sujet est activement porté par l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti présidentiel, qui multiplie les mobilisations populaires, notamment à travers des rassemblements de rue baptisés « parlement debout ». Dans ces cercles militants, le discours se radicalise parfois. Abel Mutombo, membre de l’UDPS, résume ainsi cette vision : « L’actuelle Constitution, c’est un acte de vente. Notre pays a été vendu. Maintenant, nous Congolais voulons récupérer notre pays à travers le changement de la Constitution. »

Au sein du parti, les responsables officiels s’efforcent toutefois de dissocier la réforme constitutionnelle d’une ambition personnelle du président. Me Evariste Kalalala, chargé des questions juridiques à l’UDPS, insiste sur l’ancienneté de cette revendication : «Depuis 2005, l’UDPS avait constaté que cette Constitution constituait un écueil, un obstacle pour la marche de la RDC vers le progrès social. Lorsque l’UDPS a soutenu cette idée, Félix Tshisekedi n’était pas au pouvoir.»

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L’opposition, elle, rejette catégoriquement toute modification du texte. Elle y voit une tentative de remise en cause des acquis démocratiques et un risque de dérive autoritaire. Mike Mukebayi, coordinateur à Kinshasa du parti Ensemble pour la République, se montre particulièrement virulent : « Il s’agit pour nous d’une question existentielle, une question de vie ou de mort. (…) Ce projet funeste ne sera jamais matérialisé. »

Ce débat ravive le souvenir des tensions qui avaient marqué la fin du mandat de Joseph Kabila, lorsque des soupçons de maintien au pouvoir avaient provoqué une forte mobilisation populaire.

Pour être adoptée, toute révision de la Constitution en République démocratique du Congo doit être approuvée soit par référendum, soit par un vote du Parlement à la majorité des trois cinquièmes. Mais dans un contexte politique polarisé, la question dépasse largement le cadre juridique.

La volonté affichée de réforme et le soupçons de stratégie politique, le processus qui s’ouvre pourrait redessiner durablement l’équilibre du pouvoir dans le pays.

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