Procès Bongo : Tous les chemins mènent à Franck Yann Koubdjé. « S’il parle, toute la République tombe ! »

Depuis les premières heures du procès visant les détournements de fonds attribués au clan Bongo, un nom s’impose avec une persistance presque dérangeante : Franck Yann Koundjé, ancien Trésorier Payeur Général et ex-directeur général du Trésor. Absent physiquement de la salle d’audience, mais omniprésent dans les documents et les témoignages, il apparaît aujourd’hui comme l’un des personnages les plus énigmatiques et potentiellement les plus explosifs de cette affaire tentaculaire. À mesure que les audiences se succèdent, sa silhouette invisible devient la clé d’un mécanisme financier que beaucoup commencent à qualifier d’« État dans l’État ».

La répétition de la signature de Franck Yann Koundjé sur des documents de décaissements multimilliardaires interroge bien au-delà du cercle judiciaire. Comment expliquer qu’un si grand nombre d’opérations contestées portent son sceau ? Et surtout, pourquoi ces mouvements de fonds, dont certains se chiffrent en dizaines de milliards de FCFA, semblent-ils avoir transité sous son autorité directe ? Pour plusieurs analystes interrogés par Le Gabonais, l’enjeu dépasse largement les Bongo : « Si Monsieur Franck Yann Koundjé parle, c’est tout un pan de l’appareil d’État qui s’effondre », glisse un ancien cadre du ministère des Finances. Car derrière la mécanique administrative, c’est la colonne vertébrale du système financier national, voir le régime actuel qui pourrait s’en trouver compromise.

Les auditions récentes ont encore renforcé ces doutes. Lors de son passage à la barre, Kim Oun, proche collaborateur de Sylvia Bongo, a cité à plusieurs reprises le nom de Koundjé, affirmant que de nombreuses transactions litigieuses passaient par son département ou sous sa supervision technique. Une quasi-unanimité se dégage : tous les chemins mènent à Koundjé. Les documents alignent sa signature, les témoins évoquent son rôle, les experts pointent vers le Trésor. Volontaire ou non, conscient ou non, il apparaît de plus en plus comme la charnière sans laquelle aucune opération n’aurait pu aboutir. Et c’est précisément ce qui nourrit l’inquiétude : dans cette affaire, le maillon central n’a toujours pas été entendu.

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Son absence à l’audience est donc devenue un mystère politique autant que judiciaire. Comment comprendre qu’un homme dont la signature se retrouve sur tant d’actes financiers déterminants ne soit pas appelé à comparaître ? Les plus prudents y voient un dysfonctionnement administratif, les plus audacieux y lisent une volonté politique de ne pas ouvrir une boîte de Pandore. Car une audition de l’ancien patron du Trésor ne se limiterait pas au seul dossier Bongo : elle révélerait, selon plusieurs sources, les pratiques internes, les circuits officieux et les zones grises de la gestion des finances publiques gabonaises sur plus d’une décennie.

Dans les milieux avertis, une idée circule désormais avec insistance : le jour où Yann Koundjé décidera de parler, une véritable transition politique pourrait s’enclencher au Gabon. Certains n’hésitent plus à dire qu’il pourrait faire « tomber toute la République », tant il en connaît les labyrinthes financiers, les mécanismes par lesquels transitaient les milliards, et les responsabilités partagées entre plusieurs institutions étatiques. Pour beaucoup, son témoignage serait l’occasion de rompre avec des décennies d’opacité et d’ouvrir la voie à une refondation profonde de la gestion publique. « Tout est là, dans le Trésor. Celui qui y a travaillé vingt ans détient la matrice du système », confie un ancien inspecteur des finances.

En attendant, l’affaire évolue dans un climat d’incertitude et d’inachevé. L’absence de Koundjé demeure un gouffre béant au milieu du dispositif judiciaire, un silence qui retentit plus fort que certains témoignages. Dans la rue comme dans les cercles politiques, une question revient, implacable : comment prétendre aller jusqu’au bout de la vérité sans entendre celui qui signait les milliards ? Pour l’heure, ce vide entretient le doute, fragilise la perception de transparence du procès et laisse penser que la vérité pourrait encore se trouver ailleurs, peut-être entre les lignes d’une signature répétée, peut-être dans la parole d’un homme que tout le monde attend, mais que personne n’appelle.

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