Présidentielle 2025 : Quand la néo-opposition s’égare entre ego et incohérences

À l’heure où le Gabon vit une page historique de son processus démocratique, un constat intrigue autant qu’il interroge : l’absence d’unité parmi les figures majeures de l’opposition. Dans cette élection post-révolutionnaire, qui se déroule pour la première fois sans le nom « Bongo » sur les bulletins, des personnalités politiques pourtant farouchement critiques du CTRI et du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, ont fait le choix surprenant de ne pas soutenir ni même Alain-Claude Bilie-By-Nze.

Parmi ces opposants de premier plan, Albert Ondo Ossa, Pierre-Claver Maganga Moussavou et Ali Akbar Onanga ont préféré maintenir un silence de cimetière alors que l’opinion attendait leur consigne de vote. Tous ont exprimé, à des degrés divers, leur rejet du pouvoir actuel. Tous ont dénoncé le CTRI. Mais aucun n’a jugé utile de s’unir ou de soutenir Bilie-By-Nze, qui aurait pu incarner un front commun républicain face au candidat Oligui Nguema.

Le silence, voire l’indifférence, de ces leaders politiques à l’égard de Bilie-By-Nze, révèle une crise profonde de leadership au sein de la néo-opposition gabonaise. Au lieu d’unir leurs forces pour peser dans l’équation électorale, ils se sont enfermés dans des postures individualistes, incapables de dépasser leurs divergences pour construire une alternative sérieuse. Le refus d’un alignement stratégique avec une candidature crédible affaiblit non seulement leur discours, mais aussi leur légitimité auprès des électeurs.

« On ne peut pas critiquer Oligui Nguema à longueur de journée et refuser en même temps de soutenir une figure aussi importante que celle de Bilie By Nzé, qui propose une voie constitutionnelle de sortie de crise », s’étonne un analyste politique à Libreville.

Lire Aussi:  Au Camp de Boy, Zacharie Bikita transforme l’engagement politique en action concrète pour Oligui Nguema

Un manque de cohérence politique flagrant

Comment expliquer que ceux qui dénoncent avec vigueur la transition militaire soient les mêmes à rester passifs ou silencieux lorsqu’un civil propose une voie alternative par les urnes ? Cette contradiction laisse planer le doute sur leurs véritables intentions : sont-ils motivés par le bien du pays ou par des ambitions personnelles mal dissimulées ?

Le cas d’Albert Ondo Ossa est particulièrement révélateur. Porté par une dynamique inédite lors du scrutin avorté d’août 2023, il avait cristallisé les espoirs d’une transition démocratique. Mais deux ans plus tard, il semble avoir renoncé à incarner cette voie, préférant la critique à la construction, et l’isolement à la coalition, quand on sait tous que sans Alexandre Barro Chambrier, Paulette Missambo et Raymond Ndong Sima, pour ne citer qu’eux, il n’y aurait pas d’Albert Onda Ossa.

Quant à Maganga Moussavou et Ali Akbar Onanga, leur absence de positionnement clair dans cette élection jette une ombre sur leur rôle dans la scène politique nationale. Ils dénoncent, mais ne proposent rien. Ils s’opposent, mais ne s’allient pas. Au moment même où les gabonais passent dans les urnes, notre rédaction apprend que Maganga Moussavou milite pour l’abstention.

Une aubaine pour le camp Oligui ?

Dans ce climat, l’absence de front uni face au CTRI laisse le champ libre au candidat Oligui Nguema, qui bénéficie d’une organisation solide, d’un discours structuré et d’un large soutien populaire. Pendant que la néo-opposition se disperse, les soutiens d’Oligui Nguema temporisent, rassemblent et progressent. Le camp de Bilie By Nze retiendra peut-être que, face à une opportunité inédite de refonder l’équilibre de force dans les urnes, certains ont préféré rester spectateurs, prisonniers de leur silence ainsi que de leurs privilèges.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *