Augmenter les taxes sur l’alcool et le tabac n’est pas seulement un moyen de remplir les caisses de l’État. Partout dans le monde, cette politique fiscale est utilisée comme un outil économique et sanitaire destiné à influencer les comportements des consommateurs tout en générant des recettes publiques. Le Gabon s’inscrit désormais pleinement dans cette logique avec le relèvement des droits d’accises prévu par la Loi de finances rectificative 2026.
Les droits d’accises sont des impôts indirects appliqués à des produits spécifiques tels que les boissons alcoolisées, le tabac, les carburants ou encore certains produits de luxe. Contrairement à la TVA, qui touche une grande partie des biens et services, les accises ciblent des produits dont la consommation est jugée sensible pour des raisons économiques, sociales ou sanitaires.
Un levier pour modifier les habitudes de consommation
L’un des premiers objectifs des droits d’accises est de rendre certains produits plus coûteux afin de décourager leur consommation. En augmentant le prix du tabac ou des boissons alcoolisées, les pouvoirs publics espèrent réduire leur accessibilité, notamment auprès des jeunes et des ménages les plus vulnérables.
Cette stratégie, qualifiée de « fiscalité comportementale », est aujourd’hui largement utilisée dans de nombreux pays. Elle repose sur le principe selon lequel une hausse des prix entraîne, à terme, une baisse de la consommation, même si cet effet varie selon les produits et les catégories de consommateurs.
Le durcissement fiscal concerne également les produits du tabac. Les cigarettes, cigares, cigarillos, tabac à chicha et cigarettes électroniques seront désormais frappés d’un droit d’accises de 35 %. Dans le même temps, la taxe spécifique sur chaque paquet de cigarettes augmente de 300 à 450 FCFA.
Une source importante de recettes publiques
Au-delà de l’aspect sanitaire, les droits d’accises représentent une ressource budgétaire importante. Ils permettent aux États de diversifier leurs recettes fiscales, notamment lorsque les revenus tirés des ressources naturelles ou des impôts classiques diminuent.
Pour les économies fortement dépendantes des matières premières, comme celles dont les finances publiques reposent en partie sur les hydrocarbures, ces taxes constituent un instrument permettant de limiter les effets des fluctuations des marchés internationaux.
Encourager la production locale
Les accises peuvent également servir d’outil de politique industrielle. Lorsqu’une fiscalité distingue les produits fabriqués localement des produits importés, elle peut favoriser la compétitivité des entreprises nationales.
En allégeant la pression fiscale sur certaines productions locales tout en taxant davantage les produits importés, les autorités cherchent à renforcer l’industrie nationale, préserver les emplois et réduire la dépendance vis-à-vis des importations.
Toutefois, cette stratégie doit trouver un équilibre afin de ne pas provoquer une hausse excessive des prix pour les consommateurs ni encourager le développement de circuits informels.
Des effets qui dépassent les recettes fiscales
La fiscalité sur l’alcool et le tabac produit des effets dans plusieurs secteurs. Les distributeurs ajustent leurs prix, les industriels adaptent leurs stratégies commerciales et les consommateurs revoient parfois leurs habitudes d’achat.
Pour les finances publiques, les recettes peuvent progresser à court terme. Mais si la consommation baisse durablement, ces mêmes recettes peuvent ensuite se stabiliser, voire diminuer. C’est pourquoi les économistes considèrent souvent les droits d’accises comme un outil dont les objectifs dépassent la seule recherche de revenus fiscaux.
Une tendance observée dans de nombreux pays
Le recours aux droits d’accises renforcés s’inscrit dans une tendance internationale. Face aux contraintes budgétaires et aux enjeux de santé publique, de nombreux États choisissent de taxer davantage les produits considérés comme nocifs tout en protégeant, dans certains cas, leur production nationale.
Cette évolution montre une volonté d’utiliser la fiscalité non seulement pour financer l’action publique, mais aussi comme un instrument d’orientation économique, de soutien industriel et de prévention sanitaire. L’efficacité de cette stratégie dépendra toutefois de son impact sur les recettes de l’État, de la capacité des entreprises locales à tirer parti de cette nouvelle donne et surtout des habitudes de consommation des consommateurs.