La succession d’António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies entre dans une phase décisive avec le début des auditions des candidats par les ambassadeurs des États membres. Parmi les personnalités en lice figure l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, désormais engagé dans une compétition internationale de haut niveau.
Lors de cette audition, Macky Sall a abordé un large éventail de sujets majeurs : la réforme du Conseil de sécurité, les changements climatiques, les conflits au Soudan, au Moyen-Orient et entre la Russie et l’Ukraine, ainsi que la valorisation du multilinguisme au sein de l’ONU. Il a également évoqué les questions de genre, les droits humains, les mécanismes de financement, la lutte contre le terrorisme, le respect de la souveraineté des États, sans oublier les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Il est allé jusqu’à détailler l’équipe qui pourrait l’accompagner en cas d’élection.
Dans un contexte international marqué par des crises multiples, l’ancien chef d’État a dressé un constat sans détour : selon lui, les défis actuels ne sont plus cycliques, mais systémiques. Évoquant les rivalités géopolitiques, les conflits armés, les vulnérabilités climatiques et les fractures socio-économiques croissantes, il a défendu avec force le rôle central du multilatéralisme, qu’il considère comme un cadre indispensable pour répondre aux enjeux globaux. Il a ainsi présenté une vision axée sur le dialogue, l’écoute et la consultation, se positionnant comme un véritable « bâtisseur de ponts » sur la scène internationale.
Désigné par le Burundi comme candidat, Macky Sall se présente toutefois dans un contexte diplomatique délicat. Il ne bénéficie ni du soutien officiel de son pays d’origine, le Sénégal, ni de celui de l’Union africaine, une situation qui pourrait peser sur ses chances dans un processus marqué par d’intenses négociations en coulisses. Cette absence de soutien s’explique notamment par le fait que sa candidature a été portée par le président burundais Évariste Ndayishimiye, en sa qualité de président en exercice de l’UA, sans aval collectif de l’organisation.
À cela s’ajoute un passif politique jugé encombrant par les nouvelles autorités sénégalaises. Le pouvoir actuel, dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, reproche notamment à Macky Sall sa responsabilité dans la répression meurtrière de manifestations entre 2021 et 2024, ainsi que des accusations liées à la gestion et à la transparence de la dette publique. Autant d’éléments qui compliquent davantage sa position sur la scène internationale et rendent toute réconciliation politique peu probable à court terme.
Face à lui, plusieurs figures de premier plan de la scène internationale sont également en compétition, notamment l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique Rafael Mariano Grossi, ainsi que la secrétaire exécutive de la CEPAL Rebeca Grynspan.
Ces auditions constituent une étape clé du processus de sélection, avant la recommandation finale du Conseil de sécurité et la désignation officielle par l’Assemblée générale. L’élection se jouera d’abord au sein du Conseil de sécurité, où l’absence de veto d’un des cinq membres permanents sera déterminante. Une majorité d’au moins neuf voix sur quinze sera ensuite nécessaire, avant la validation finale par l’Assemblée générale dans les mois suivants.
Au-delà des candidatures individuelles, cette course au poste de Secrétaire général ravive un débat plus large sur la gouvernance des institutions multilatérales et la place de l’Afrique dans les instances de décision mondiale. Le continent, qui reste sous-représenté aux plus hauts postes de responsabilité internationale, revendique depuis plusieurs années une meilleure reconnaissance de son poids démographique, politique et économique.
Dans ce contexte, la candidature de Macky Sall, même sans soutien régional unanime, illustre les tensions entre ambitions personnelles, stratégies diplomatiques nationales et dynamiques continentales. Elle met également en lumière les équilibres délicats au sein du système onusien, où les considérations géopolitiques des grandes puissances jouent un rôle déterminant dans le processus de sélection.
Cette succession apparaît ainsi comme un test majeur pour l’ONU, à la fois sur sa capacité à promouvoir une gouvernance plus inclusive et sur son aptitude à refléter la diversité des régions du monde dans ses plus hautes fonctions.