L’Union africaine veut remettre en cause la projection de Mercator, accusée de minimiser la taille de l’Afrique

L’Union africaine (UA) entend faire évoluer la manière dont le monde est représenté sur les cartes géographiques. L’organisation soutient la remise en question de la célèbre projection de Mercator, utilisée depuis le XVIᵉ siècle, qu’elle accuse de déformer la réalité des superficies et de réduire visuellement l’importance de l’Afrique. Elle a mandaté le Togo pour porter ce dossier devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, avec la proposition de promouvoir une alternative : la projection Equal Earth.

La projection de Mercator a été créée en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator. Conçue pour faciliter la navigation maritime, elle conserve les angles et permet de tracer des routes droites, ce qui a longtemps constitué un avantage majeur pour les marins.

Cependant, cette précision a un effet secondaire important : elle déforme les surfaces. Les régions proches des pôles, comme l’Europe ou le Groenland, apparaissent beaucoup plus grandes qu’elles ne le sont réellement, tandis que les territoires situés près de l’équateur, comme l’Afrique et l’Amérique du Sud, sont visuellement réduits.

Dans la réalité, l’Afrique est environ 14 fois plus grande que le Groenland, une différence que la projection de Mercator ne permet pas de percevoir correctement.

Une initiative portée par l’Union africaine

Face à cette distorsion, l’Union africaine soutient une réforme des représentations cartographiques utilisées à l’échelle internationale. Elle propose de promouvoir la projection Equal Earth, développée en 2018, qui vise à représenter les continents dans des proportions plus proches de leur taille réelle.

Cette initiative ne vise pas à supprimer la projection de Mercator, toujours utile dans certains domaines comme la navigation, mais à encourager des représentations plus équilibrées dans les contextes éducatifs, médiatiques et institutionnels.

Lire Aussi:  Sahel : une nouvelle banque pour une nouvelle ambition économique

Les enjeux majeurs pour l’Afrique

Derrière ce débat technique se cachent plusieurs enjeux importants pour le continent africain.

Un enjeu de représentation et de perception
La première dimension est symbolique. La projection de Mercator donne une image visuellement réduite de l’Afrique, ce qui peut influencer inconsciemment la perception de son importance. Or, il s’agit du deuxième continent le plus vaste du monde et de l’une des régions les plus dynamiques sur le plan démographique. Corriger cette représentation revient donc à rééquilibrer la place du continent dans l’imaginaire mondial.

Un enjeu éducatif
Les cartes utilisées dans les écoles jouent un rôle fondamental dans l’apprentissage de la géographie. Une représentation plus fidèle permettrait aux élèves de mieux comprendre les véritables proportions des continents, les rapports entre les États et les distances réelles. Cela contribuerait à une vision plus juste et moins biaisée du monde.

Un enjeu politique et diplomatique
En contestant une norme cartographique largement utilisée à l’échelle mondiale, l’Union africaine affirme aussi sa volonté de participer à la définition des standards internationaux. Cette démarche s’inscrit dans une logique plus large de reconnaissance et de rééquilibrage du rôle des institutions africaines dans les débats globaux.

Un enjeu économique et stratégique indirect
La perception d’un continent influence également sa visibilité dans les dynamiques économiques et géopolitiques. Une Afrique visuellement minimisée peut être perçue comme marginale, alors qu’elle joue un rôle central dans des secteurs clés comme les ressources naturelles, la transition énergétique ou la croissance démographique mondiale.

Un enjeu scientifique et de neutralité des représentations
Enfin, ce débat rappelle une réalité fondamentale : aucune carte plane ne peut représenter parfaitement la Terre. Toute projection implique des compromis entre forme, surface et distance. Le choix d’une carte n’est donc jamais totalement neutre, mais reflète des priorités techniques et parfois historiques.

Lire Aussi:  L’Afrique du Sud rouvre les plaies de l’apartheid : une commission pour combler les silences de la justice

Une proposition portée aux Nations unies

Le Togo a été chargé de défendre cette position devant l’ONU, avec pour objectif de faire reconnaître l’intérêt d’une adoption plus large de la projection Equal Earth. Cette initiative s’inscrit dans une démarche qualifiée par certains responsables africains de “justice cognitive”, visant à corriger des représentations jugées héritées d’une époque coloniale.

Un débat ancien mais toujours actuel

La projection de Mercator n’est pas la seule en cause. D’autres modèles existent, comme la projection Gall-Peters, qui respecte les superficies mais déforme les formes, ou la projection Winkel Tripel, utilisée par certaines institutions scientifiques pour limiter les distorsions globales.

Le débat souligne une réalité incontournable : toute représentation plane du globe terrestre est imparfaite, mais les choix effectués influencent profondément la manière dont le monde est perçu.

Au-delà de la technique cartographique, l’initiative de l’Union africaine met en lumière un enjeu plus large : celui de la représentation du monde et de la place de l’Afrique dans cette représentation. En contestant la projection de Mercator, le continent cherche moins à modifier une carte qu’à corriger une perception historique, afin de mieux refléter la réalité de son poids géographique, démographique et stratégique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *