Après des années durant lesquelles le marché parallèle de l’eau s’est imposé comme une réponse aux défaillances du service public, les autorités gabonaises ont décidé de reprendre totalement la main sur la distribution. Cinquante-cinq véhicules ont été saisis, les circuits informels démantelés et les forces de défense mobilisées pour assurer l’approvisionnement des populations.
Le gouvernement justifie cette opération par l’existence d’un réseau de revente illicite impliquant, selon le ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, des agents de la SEEG et plusieurs opérateurs privés. Les prix pratiqués, compris entre 10 000 et 20 000 FCFA le mètre cube, sont dénoncés comme une exploitation de la pénurie au détriment des consommateurs.
Pour remplacer ce circuit, l’État met en place une distribution exceptionnelle assurée par les sapeurs-pompiers, la Garde républicaine, le Génie militaire et la Gendarmerie. Une nouvelle grille tarifaire est également instaurée : 3 000 FCFA le mètre cube, 600 FCFA le fût de 200 litres et 300 FCFA pour 100 litres.
Sur le papier, la mesure apparaît favorable aux ménages confrontés à la flambée des prix. Dans les faits, son efficacité dépendra surtout de la capacité des équipes mobilisées à répondre à une demande qui s’annonce vraiment considérable.
Car le principal défi ne réside plus uniquement dans la lutte contre les circuits parallèles. Il consiste désormais à garantir que chaque foyer puisse être approvisionné dans des délais raisonnables. À ce stade, les autorités n’ont pas précisé le volume quotidien de distribution prévu, le nombre de rotations des camions-citernes ni les quartiers qui seront servis en priorité.
Autre interrogation : le sort des entreprises fortement dépendantes des livraisons d’eau. Hôtels, restaurants, blanchisseries, salons de coiffure ou encore stations de lavage n’ont pas été explicitement intégrés au dispositif présenté. Leur accès à cette nouvelle distribution reste donc à clarifier.
En mettant fin à un système devenu incontournable pour de nombreux habitants, le gouvernement prend une décision qui modifie profondément l’organisation de l’approvisionnement en eau dans le Grand Libreville. Mais cette intervention sera jugée moins sur les annonces que sur ses résultats concrets. Si les livraisons suivent, les populations pourraient y voir une amélioration réelle de leur quotidien. Dans le cas contraire, la disparition du marché parallèle risquerait de laisser place à une pénurie encore plus difficile à gérer.