‹‹ Le Président est mal conseillé ›› : Ali Akbar Onanga tire la sonnette d’alarme

L’interrogation n’émane ni de l’opposition radicale ni d’un observateur extérieur mal informé, mais d’une figure de la scène politique. Dans une tribune au ton grave, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, docteur en droit, professeur à l’Université Omar Bongo et ancien ministre, met directement en cause la qualité du conseil présidentiel. « Le Président de la République est mal conseillé. Non pas ponctuellement, mais structurellement, durablement et dangereusement », écrit-il, dénonçant un entourage qui aurait renoncé à sa mission de vérité au profit de la complaisance.

Il rappelle que le chef de l’État, militaire de formation, n’a pas vocation à maîtriser toutes les subtilités juridiques, économiques ou institutionnelles. Cette réalité, loin d’être un reproche, rend selon lui le rôle des conseillers d’autant plus crucial. Or, constate-t-il, « au lieu de protéger le Chef de l’État contre l’erreur, ils l’y conduisent ». Plus sévère encore, Ali Akbar Onanga Y’Obegue estime que le silence de certains conseillers face à des décisions contestables relève non de la prudence mais de la trahison « Cette posture n’est pas seulement lâche. Elle est une trahison de la fonction publique ».

Pour étayer son propos, l’ancien ministre cite notamment l’épisode des ministres-députés, qualifié de « mascarade constitutionnelle ». Après avoir exigé leur démission au nom de l’incompatibilité des fonctions, l’exécutif les a rappelés quelques semaines plus tard, sans modification du texte constitutionnel. « On brandit la Constitution, mais on l’interprète à géométrie variable. Le droit n’est pas un jouet, et la Constitution n’est pas un Lego », écrit-il, voyant dans cet épisode la preuve d’un régime « présidentialiste » mal conçu et mal maîtrisé, qui condamne l’État à l’improvisation permanente.

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Autre séquence jugée politiquement dévastatrice, la contradiction entre le discours de vœux du 31 décembre 2025 et la promotion, dès le lendemain, du ministre de l’Intérieur. Après avoir reconnu publiquement des irrégularités électorales, le président a élevé au rang de vice-président du gouvernement le responsable de ces scrutins. Pour Ali Akbar Onanga Y’Obegue, « le Président a été piégé par ses propres conseillers ». Et il s’interroge « Qui a validé un discours d’aveu sans en tirer les conséquences institutionnelles ? », estimant que cette séquence a durablement fragilisé la parole présidentielle.

Il alerte sur les risques du budget 2026, bâti sur une hypothèse de croissance de 7 à 8 %. Un chiffre qu’il juge déconnecté des réalités économiques et dangereux pour la crédibilité internationale du Gabon. « Ce budget expose le Président au ridicule international », tranche-t-il, rappelant que les partenaires financiers projettent une croissance bien plus modeste. En conclusion, Ali Akbar Onanga Y’Obegue plaide pour une révision constitutionnelle rapide, estimant que le régime actuel « place le Président en première ligne, sans protection, sans recul, sans possibilité de délégation efficace ». Pour lui, revenir à un cadre semi-présidentiel n’est pas un aveu d’échec, mais « un acte de lucidité politique ».

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