Le pape François, un lecteur passionné jusqu’à la fin : hommage à une vie guidée par les lettres

Le 21 avril 2025, le pape François s’est éteint à l’âge de 88 ans, laissant derrière lui non seulement l’héritage spirituel d’un pontificat tourné vers les plus démunis, mais aussi celui, plus discret, d’un amoureux des mots. Grand lecteur, enseignant de lettres avant d’être archevêque puis souverain pontife, Jorge Mario Bergoglio a toujours vu dans la littérature une boussole pour l’âme.

« Le roman lit dans le cœur de l’homme », disait-il en 2016 dans un entretien accordé au Père Antonio Spadaro. Pour lui, lire n’était pas une simple échappatoire, mais un acte de connaissance et de transmission. Dans une lettre publiée en 2024 sur « le rôle de la littérature dans la formation », il soulignait la puissance des livres comme remparts contre l’errance intérieure, évoquant « une oasis dans la solitude de certains quartiers déserts ».

Des classiques universels au cœur de sa bibliothèque

Parmi les textes qui l’ont accompagné, plusieurs œuvres témoignent de la profondeur de ses choix. Il y a d’abord Le Cid de Pierre Corneille, qu’il enseignait autrefois à Santa Fe. Face à l’indifférence de ses élèves, il adaptait ses cours, substituant le dramaturge français à García Lorca. Mais il tenait à ce que chacun découvre le dilemme de Rodrigue, pris entre l’honneur et l’amour.

Plus marquant encore, Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski, qu’il citait régulièrement dans ses discours. Dans ce roman, le Pape trouvait une définition incarnée de la prière, non comme rituel, mais comme plongée dans la souffrance des autres et chemin vers l’humilité.

Le roman de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, figurait aussi dans sa liste d’ouvrages de référence. Il y voyait une invitation à habiter le monde avec une conscience accrue de la mémoire et de la complexité du cœur humain. Il le citait pour illustrer la capacité de la fiction à condenser des expériences de vie que la réalité mettrait des années à dévoiler.

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Plus personnel, le lien avec Jorge Luis Borges, son compatriote argentin, fut nourri d’une admiration réciproque. Le futur pape invita l’écrivain à Santa Fe pour rencontrer ses élèves, souvenir qu’il évoquait encore des décennies plus tard, en particulier autour du recueil L’Autre, le Même, qui évoque le double, la mémoire et l’identité.

Enfin, l’Italie avait pour lui un visage littéraire et spirituel à travers Les Fiancés d’Alessandro Manzoni. Un roman qu’il relisait régulièrement, évoquant avec émotion les vers appris dans son enfance, guidé par sa grand-mère. Ce texte, disait-il, « m’a tellement donné », tant il liait foi, souffrance et espérance.

Une vie d’écriture autant que de lecture

Jorge Mario Bergoglio n’était pas seulement lecteur ; il était aussi écrivain. Son dernier ouvrage, Espère, publié en janvier 2025, mêlait souvenirs personnels et méditations sur un monde à reconstruire. Il y défendait encore une fois la place du verbe et de la narration dans l’acte de foi : « Pour croire, il faut d’abord savoir écouter – et lire, c’est écouter avec les yeux. »

La disparition du pape François laisse une Église endeuillée, mais aussi une humanité qui, au-delà des dogmes, peut saluer en lui un témoin de la beauté des lettres. Un homme qui aura rappelé jusqu’au bout que la littérature est une forme de prière – silencieuse, profonde et universelle.

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