Dans une interview accordée récemment à un confrère en ligne, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi appelle à refonder les relations entre le Gabon et la France sur la base du respect mutuel et de l’équité, plaidant pour une souveraineté décomplexée, lucide et tournée vers la responsabilité politique.
Dans un contexte diplomatique en pleine mutation, les propos du nouveau député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi résonnent comme un appel à la maturité politique et à la souveraineté assumée. Trois ans après avoir dénoncé la visite d’Emmanuel Macron au Gabon, jugée à l’époque comme une ingérence dans la campagne présidentielle d’Ali Bongo, l’élu revient avec un ton apaisé, mais ferme.
Pour Jean Gaspar Ntoutoume Ayi, la situation a changé : le Gabon a conduit une transition exemplaire et la France, autrefois perçue comme intrusive, a joué un rôle constructif sur la scène internationale en soutenant le processus de retour à l’ordre constitutionnel. Ce réalisme dans le discours politique gabonais témoigne d’une volonté de tourner la page des ressentiments et d’entrer dans une ère de relations équilibrées.
Cette lucidité s’exprime particulièrement dans la conception des rapports entre le Gabon et la France. Ntoutoume Ayi plaide pour des relations « décomplexées et équitables », deux termes qui condensent à la fois la fierté nationale et la recherche d’une coopération gagnant-gagnant. Le député insiste sur la fin des rapports de subordination symbolique : le Gabon ne doit plus se percevoir comme un élève face à son ancien tuteur, et la France doit reconnaître la pleine souveraineté de son partenaire.
À ce titre, le dossier de la transformation locale du manganèse devient un test grandeur nature. Selon lui, Eramet, géant français du secteur, a tout intérêt à s’impliquer dans cette industrialisation au Gabon même, afin que la richesse minière cesse d’être une rente d’exportation et devienne un levier de développement partagé.
Mais l’élu ne s’arrête pas à la seule diplomatie économique. Sur le plan sécuritaire, il assume sans ambages une position pragmatique : la présence militaire française au Gabon ne le dérange pas, à condition qu’elle ait changé de nature. L’époque des bases prépositionnées et des interventions extérieures est révolue ; place désormais à une coopération axée sur la formation, un modèle plus équilibré où le transfert de compétences remplace la tutelle. Cette vision réaliste reflète une approche moderne de la souveraineté, fondée non sur la rupture symbolique, mais sur la redéfinition des rapports de force dans un cadre de respect mutuel.
Interrogé sur le Franc CFA, Ntoutoume Ayi refuse le discours populiste qui voudrait faire de la monnaie l’alpha et l’oméga du développement africain. Pour lui, le véritable chantier se situe ailleurs : gouvernance, transparence budgétaire, justice indépendante et lutte contre la corruption. Ce refus de détourner le débat économique par des postures idéologiques témoigne d’un ancrage dans la réalité. Il affirme, en somme, qu’un pays ne se libère pas par un changement de monnaie, mais par la réforme de son État.
Enfin, l’ancien directeur général de la dette nationale aborde avec gravité le procès de Sylvia Bongo et de ses proches, qu’il considère comme un moment de vérité inachevé. Derrière les condamnations, il appelle à un travail de mémoire politique : comprendre l’imposture institutionnelle qui a conduit à la chute du régime Bongo et en tirer les leçons pour l’avenir.
En demandant la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion du pouvoir après l’AVC d’Ali Bongo, Ntoutoume Ayi affirme une exigence : que le Gabon rompe avec la culture de l’oubli. Son discours, ferme sans être vindicatif, dessine le profil rare d’un homme politique qui croit encore que la souveraineté se bâtit par la vérité, la lucidité et la responsabilité.