Endométriose au Gabon : une urgence silencieuse pour la santé des femmes

À Libreville comme ailleurs, de nombreuses femmes vivent avec des douleurs menstruelles intenses sans en connaître la cause. Dans les salles d’attente, au travail ou à l’université, ces douleurs sont souvent banalisées, perçues comme « normales ». Pourtant, derrière ces souffrances invisibles se cache parfois une maladie chronique encore trop peu diagnostiquée : l’endométriose.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, l’endométriose touche environ 10 % des femmes en âge de procréer, soit près de 190 millions de personnes dans le monde et l’explique comme étant. Cette maladie se caractérise par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus, provoquant douleurs, inflammation et parfois infertilité. À l’échelle mondiale, elle serait impliquée dans 25 à 50 % des cas d’infertilité féminine, révélant un enjeu majeur de santé reproductive.

En Afrique et particulièrement au Gabon, les données restent encore fragmentaires. Le manque de sensibilisation, l’accès limité aux examens spécialisés et le poids des tabous expliquent en partie cette invisibilité. À Libreville, certaines études hospitalières comme celle I.P. Moukandja et al., d’ailleurs la première sur la pathologie évoquait une proportion d’environ 7,3 % de cas recensés, mais les professionnels de santé s’accordent à dire que ce chiffre est largement sous-estimé. Comme ailleurs, une femme sur dix pourrait être concernée sans forcément le savoir. Toutefois,  cette étude a pu révéler  que l’endométriose est fréquente chez les femmes en âge de procréer au Gabon

Face à ce silence, des initiatives locales émergent. Des associations comme Endofi Gabon tente de faire bouger les lignes à travers des campagnes de sensibilisation, des conférences et des actions de terrain. Leur objectif est clair, celui d’informer, d’encourager le diagnostic précoce et d’accompagner les femmes souvent livrées à elles-mêmes. Dans une société où les douleurs menstruelles restent un sujet intime, ces actions contribuent à briser un tabou profondément ancré.

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Pour comprendre la réalité de la maladie, il suffit d’écouter celles qui la vivent. « Pendant des années, je pensais que c’était normal d’avoir mal », confie Aline, 32 ans, rencontrée dans un centre de santé de Libreville. « On me disait que toutes les femmes souffrent pendant leurs règles. J’ai fini par m’y habituer… jusqu’au jour où la douleur est devenue insupportable. » Ou encore, comme elle, Clara, 28 ans, raconte un long parcours médical : « J’ai consulté plusieurs médecins avant qu’on me parle d’endométriose. Ça a pris presque six ans. Entre-temps, j’ai raté des jours de travail, et même ma vie sociale en a souffert. »

Ces témoignages illustrent une réalité fréquente celle de l’errance diagnostique. L’endométriose peut se manifester par des douleurs pelviennes chroniques, douleurs thoraciques cycliques, des règles très douloureuses, une fatigue persistante, des troubles digestifs ou encore des douleurs pendant les rapports sexuels. Pourtant, ces symptômes sont souvent minimisés, retardant la prise en charge.

Les causes de la maladie restent encore mal comprises. Les chercheurs évoquent plusieurs pistes, notamment le reflux du sang menstruel vers les trompes, des facteurs génétiques ou encore un dysfonctionnement du système immunitaire. Le diagnostic, lui, repose sur une combinaison d’écoute clinique et d’examens comme l’échographie ou l’IRM. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire pour confirmer la présence de lésions.

S’il n’existe pas encore de traitement curatif, des solutions permettent d’améliorer la qualité de vie des patientes. Les traitements hormonaux, les antalgiques, la chirurgie ou encore certaines approches complémentaires comme l’activité physique et la gestion du stress peuvent aider à soulager les symptômes. Mais l’accès à ces traitements reste inégal, notamment dans les pays à ressources limitées.

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Au-delà de la douleur physique, l’endométriose a un impact profond sur la vie des femmes. Elle peut perturber la scolarité, freiner une carrière professionnelle, affecter la vie de couple et entraîner une souffrance psychologique importante. À Libreville, ces réalités commencent à être davantage prises en compte, mais le chemin reste long.

Aujourd’hui, la mobilisation s’intensifie. Professionnels de santé, associations et patientes elles-mêmes contribuent à faire sortir la maladie de l’ombre. Car derrière chaque chiffre, il y a des vies, des parcours et des combats souvent silencieux.

Informer, écouter et reconnaître la douleur sont les premières étapes vers une meilleure prise en charge. Car une chose est certaine, la douleur n’est pas normale, elle doit être entendue.

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