Le malaise des enseignants gabonais n’a jamais été aussi profond. À Libreville comme dans les provinces, les enseignants se réuniront ce samedi 06 décembre devant les académies pour dénoncer des conditions de travail et de vie devenues intenables, tandis que les autorités restent silencieuses face à une crise qui dure.
Les enseignants revendiquent principalement la régularisation de leurs situations administratives avec effet solde immediat, le paiement intégral de leurs rappels et le paiement de leurs. vacations. À cela s’ajoutent des dénonciations sur des conditions matérielles indignes : absence de bureaux, de chaises, de ventilateurs, de tableaux fonctionnels. Beaucoup enseignent debout toute la journée, dans des salles vétustes qui mettent leur santé en danger.
Le volet administratif est tout aussi accablant, stagiaires bloqués depuis 10 ou 15 ans, conseillers pédagogiques payés comme stagiaires, rappels soldes partiellement versés, avancements gelés. Ces injustices pèsent lourdement sur les familles et minent psychologiquement les enseignants, déjà fragilisés par la pression disciplinaire et l’absence de soutien institutionnel.
Un décès qui en dit long
Le décès brutal d’Alexandre NGUEMA BIBANG, enseignant d’Histoire-Géographie, survenu en plein cours devant ses élèves du Lycée Paul Indjendje Ngondjout, symbolise tragiquement l’usure extrême que subissent les enseignants gabonais. Âgé de 61 ans, à un an de la retraite, il travaillait encore dans une salle surchargée, étouffante et mal équipée. Ce drame a été suivi le même jour par la disparition d’Olga Lisette Mokoko et de Tite Meixant Maganga, confirmant que quelque chose se brise dans cette profession.
Des syndicats au coeur d’un désaveu profond
Face à cette accumulation de souffrances, beaucoup rejettent désormais les syndicats traditionnels, jugés déconnectés et inefficaces. La récente rencontre avec le ministre par intérim de l’Education n’a apaisé aucune tension. La mobilisation de samedi, organisée en dehors des structures syndicales, exprime ce désaveu profond et la volonté des enseignants de reprendre eux-mêmes la parole après des années de revendications ignorées.
Le silence des autorités : une blessure de plus
Le gouvernement, quant à lui, garde un silence qui scandalise. Les drames récents, les décès en série, les salles délabrées et les carrières bloquées appellent des réponses urgentes. Les enseignants l’affirment : ils ne réclament pas des faveurs mais le respect de leurs droits, leur dignité et des conditions de travail humaines. Et les événements du 1ᵉʳ décembre rappellent cruellement que cette urgence est désormais vitale.
À la veille de cette mobilisation annoncée, une question reste en suspens, les autorités vont-elles entendre ce cri d’alarme ? Les enseignants, eux, assurent qu’ils n’attendront plus des réponses interminables et des promesses non suivies d’effets. Ils exigent des solutions tangibles.