Discours du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance : Oligui Nguema veut bâtir la 5ᵉ République sur l’unité, la justice et la croissance

À l’occasion de la célébration du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance du Gabon, le président de la République a livré un discours solennel qui se voulait à la fois rétrospectif et tourné vers l’avenir. En se présentant comme le premier chef de l’État élu de la 5ᵉ République, Oligui Nguema a tenu à replacer son action dans la continuité d’une histoire nationale marquée par la lutte pour la dignité et la souveraineté. Cette référence au passé, à la fois colonial et postcolonial, visait à rappeler que la trajectoire du Gabon s’inscrit dans un héritage collectif qu’il entend prolonger par une nouvelle gouvernance.

Le président a insisté sur l’exemple des figures historiques, des pionniers de l’indépendance jusqu’aux acteurs du retour au multipartisme en 1990, affirmant que leur courage et leur abnégation doivent inspirer les générations présentes. Dans son propos, il a réaffirmé la place centrale du peuple gabonais comme seul véritable souverain, appelant les forces politiques au respect de la démocratie, de l’État de droit et de la dignité humaine. Ce rappel s’inscrit dans une volonté affichée d’instaurer un climat politique apaisé après des décennies de tensions et de crises de confiance.

Au plan institutionnel, le chef de l’État a souligné que la 5ᵉ République constitue un tournant historique, fruit d’une transition pacifique qui a su convaincre la communauté internationale. Son ambition affichée est de bâtir une démocratie gabonaise authentique, débarrassée des travers du passé. La géopolitique, entendue comme le partage du pouvoir selon les appartenances ethno-régionalistes, est désormais décrétée révolue, remplacée par un principe de compétence. Le message est clair : le mérite primera dorénavant sur l’origine, une orientation qui pourrait bouleverser les équilibres politiques établis.

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Sur le plan économique, le président a exprimé son objectif de hisser le Gabon vers une souveraineté retrouvée, notamment dans la gestion des ressources naturelles. Il a fixé un cap ambitieux : atteindre un taux de croissance de 10 %, grâce à une gouvernance fondée sur la discipline, la probité et la cohésion nationale. Aux partenaires étrangers, il a envoyé un signal d’ouverture, mais en posant une condition ferme : le partage équitable de la richesse créée, dans une logique de « gagnant-gagnant ». L’économie gabonaise doit, selon lui, se transformer en moteur de prospérité inclusive.

Le volet social n’a pas été négligé. Le président a revendiqué les acquis de la Transition, surtout le désendettement partiel et le lancement d’un plan d’urgence de développement. Désormais, l’action publique se concentrera sur le Plan de Développement Communautaire 2026-2032, censé apporter un cadre cohérent et durable aux politiques sociales. L’accent est mis sur l’emploi des jeunes, avec la mise en place d’un fonds d’aide à l’entrepreneuriat de 25 milliards de francs CFA et la promesse d’un vaste programme de digitalisation en 2026, incluant la distribution de 10 000 ordinateurs.

La planification est apparue comme le maître-mot de son approche. Le chef de l’État a insisté sur la nécessité de prioriser les actions, en reconnaissant qu’il est impossible de tout entreprendre partout et simultanément. Cette méthodologie, qu’il présente comme gage de réalisme et de pragmatisme, devra permettre de répartir équitablement les investissements sur l’ensemble du territoire, en veillant à ce qu’aucune province ne soit laissée pour compte. En filigrane, c’est la promesse d’une gouvernance plus rationnelle et moins improvisée qu’il a voulu adresser aux Gabonais.

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À propos du patriotisme et de la spiritualité, le président a exalté l’unité nationale, la paix et le vivre-ensemble comme socle indispensable pour relever les défis à venir : diversification économique, justice sociale, éducation et préservation de l’environnement. Plaçant son action sous le signe de la bénédiction divine, il a appelé chaque Gabonais, jeunes, femmes, travailleurs et anciens, à contribuer à l’édification d’un pays plus juste et plus prospère. Dans cette rhétorique, la 5ᵉ République apparaît moins comme une rupture totale que comme une continuité réinventée, où l’histoire, la foi et la volonté politique doivent converger pour donner corps à un Gabon nouveau.

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