Dans son discours à la nation du 16 août dernier, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réaffirmé sa volonté d’en finir avec la logique de la « géopolitique » dans la gestion des affaires publiques. Pour le chef de l’État, l’heure est venue de dépasser les clivages ethniques et régionaux afin de bâtir une administration basée sur la compétence, l’intégrité et le mérite.
Une déclaration forte qui a été largement saluée dans les capitales provinciales comme à Libreville, où de nombreux citoyens y voient une étape nécessaire vers la modernisation et la moralisation de la vie publique. « C’est une vision d’avenir qui nous sort des calculs politiques et des arrangements d’hier », confie un enseignant de Lambaréné.
Cependant, si l’initiative est louable, sa mise en application pourrait s’avérer plus complexe, notamment dans l’arrière-pays. Dans certaines provinces, le poids des appartenances ethniques et régionales demeure fortement ancré dans la distribution des postes de responsabilité, aussi bien dans l’administration que dans les structures locales. Ce constat alimente parfois un sentiment d’injustice chez des populations qui se sentent exclues ou marginalisées.
À Mouila, par exemple, un fonctionnaire nous a confié que « On parle de la fin de la géopolitique, mais ici, on continue de voir des nominations qui reflètent d’abord l’ethnie ou la région avant la compétence ». Ces perceptions contrastent avec l’ambition présidentielle et risquent, si elles ne sont pas corrigées, de fragiliser la confiance entre l’État et ses administrés.
Le défi reste donc immense pour Brice Clotaire Oligui Nguema, transformer une vision politique en réalité administrative, et faire en sorte que les pratiques locales s’alignent sur le discours national. En d’autres termes, il s’agit de concilier l’idéal proclamé d’une gouvernance débarrassée de la géopolitique avec des réalités sociales et culturelles profondément enracinées.
En toute objectivité, l’histoire jugera si la promesse de la fin de la géopolitique marquera un véritable tournant ou si elle restera au rang des utopies politiques.