Crise à Plaine Orety : Raymond Ndong Sima dénonce une dérive des porte-voix autoproclamés d’Oligui Nguema

Au cœur de la tempête sociale provoquée par les déguerpissements à Plaine Orety et Derrière l’Assemblée, une nouvelle fracture s’est ouverte entre l’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima et une partie de la société civile gabonaise. Alors que le comité de médiation et de facilitation conduit par Georges Mpaga, Aminata Touré, Pierre Mintsa et Gaston Mindoungani s’est rendu sur le terrain les 13 et 14 juin pour mener une « opération de vérité », Ndong Sima, en convalescence à l’étranger, a fermement dénoncé ce qu’il qualifie de « dérive toxique » dans la manière dont certains membres de ce comité s’expriment au nom du président de la République.

En effet, lors d’une série de déclarations publiques largement relayées sur les réseaux sociaux et les plateformes audiovisuelles, les membres de cette délégation ont affirmé que le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, aurait été « induit en erreur » par l’ancienne équipe gouvernementale, notamment sur la question des indemnisations. Selon Pierre Mintsa, « des personnes sont allées dire au président pendant la transition que toutes les populations déguerpies avaient été indemnisées ». Une affirmation reprise en chœur pour justifier la colère supposée du président contre les responsables de l’époque.

Mais pour Raymond Ndong Sima, ces accusations sont non seulement inexactes, mais également dangereuses. Dans une mise au point publiée sur sa page Facebook officielle, l’ancien chef du gouvernement a dénoncé une « instrumentalisation politique » de son nom par des personnes cherchant à « se donner une légitimité en se proclamant porte-parole officieux du président ». Il s’interroge notamment : si les informations sur les indemnisations étaient déjà connues, pourquoi aurait-il lui-même lancé un recensement et commandé un inventaire judiciaire, suspendu à une procédure encore en cours devant les tribunaux ?

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L’ancien Premier ministre rappelle qu’au cours de son mandat, plusieurs réunions techniques et interministérielles ont été organisées à la Primature pour encadrer légalement et humainement le processus de déguerpissement. Il insiste : « Je n’ai jamais agi en mon nom propre, mais en tant que chef d’un gouvernement qui respectait les procédures administratives et judiciaires. » Pour Ndong Sima, toute action menée sans base légale, comme celle qui a suivi son départ, est une grave entorse à l’État de droit.

Raymond Ndong Sima questionne en particulier l’origine de la réquisition des engins du génie militaire ayant conduit à l’opération brutale du mois de juin. Il demande des clarifications sur le ou les ministres à l’origine de cette action et exige de connaître les documents ayant servi de fondement à cette décision : « Si une instruction a été donnée, elle devait être contestée en raison de la procédure judiciaire pendante. » Ce passage soulève clairement la responsabilité administrative et potentiellement pénale de certains membres actuels du gouvernement.

Par ailleurs, l’ancien Premier ministre réfute toute implication dans l’opération elle-même, soulignant que son départ pour raisons médicales avait été annoncé et qu’il avait même été reçu en toute cordialité par le chef de l’État la veille de son départ. Pour lui, la précipitation avec laquelle l’opération de déguerpissement a été lancée à peine un mois après son départ prouve qu’une manœuvre d’éviction politique était à l’œuvre : « Certains n’ont pas hésité à me faire porter le poids de leur empressement. »

Enfin, Ndong Sima met en garde : dès son retour au Gabon, il entend porter plainte contre ceux qui l’ont cité nommément, publiquement et sans preuve. « Le président de la République a un porte-parole officiel. Il n’a nul besoin d’usurpateurs. » Cette déclaration marque un tournant. Elle place désormais le fameux comité de médiation face à sa propre légitimité et interroge la nature réelle de son mandat.

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Dans une crise où l’opinion publique reste très sensible à la question du respect des droits humains et à la légalité des procédures, la parole de l’ancien Premier ministre pèse lourd. Elle rappelle que dans un État de droit, la vérité ne peut être remplacée par des narrations opportunistes, fussent-elles portées par ceux qui prétendent agir au nom du peuple. Reste à savoir si la justice gabonaise donnera suite à ce bras de fer à venir entre Ndong Sima et certains acteurs de la société civile.

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