La crise évoquée par les artistes membres du BUGADA s’inscrit dans un contexte plus large de tensions récurrentes autour de la gestion des droits d’auteur au Gabon. Plusieurs médias locaux rapportent que le système de collecte et de redistribution des redevances est régulièrement critiqué pour son manque de transparence et ses retards de paiement.
Selon plusieurs enquêtes de presse, les artistes gabonais dénoncent depuis plusieurs années un fonctionnement jugé opaque du BUGADA, avec des redistributions jugées insuffisantes par rapport aux montants collectés auprès des entreprises utilisatrices d’œuvres culturelles. Certains rapports estiment que les revenus perçus par les artistes restent faibles et inégalement répartis, malgré des prélèvements importants effectués dans les établissements commerciaux et les médias.
Dans ce contexte, des tensions ont déjà opposé des collectifs d’artistes à la direction du BUGADA, notamment autour des retards de paiement et des conditions de gouvernance interne. Des mouvements associatifs du secteur culturel ont même réclamé à plusieurs reprises une réforme en profondeur de l’organisme, dénonçant un système où les créateurs peinent à vivre de leurs œuvres.
La situation n’est pas nouvelle car, en 2025 déjà, un paiement exceptionnel avait été débloqué après une longue période d’attente, grâce à une dotation de l’État et aux redevances collectées. Cette opération avait permis à plusieurs centaines d’artistes de percevoir des montants forfaitaires, mais elle avait aussi relancé le débat sur la dépendance du système aux financements publics et sur son manque de régularité.
Par ailleurs, certains observateurs soulignent que le problème ne se limite pas uniquement au BUGADA, mais concerne plus largement la chaîne de perception des droits, incluant des acteurs institutionnels comme l’ARCEP, dont le rôle dans la collecte de certaines redevances soulève des interrogations sur les circuits financiers et les mécanismes de contrôle.
Il est vu ici que cette nouvelle crise traduit un problème structurel celui de l’absence d’un système stable, transparent et automatisé de gestion des droits d’auteur au Gabon. Cela alimente un climat de méfiance entre les artistes, les structures de gestion collective et les institutions publiques, et renforce les appels à une réforme globale du secteur culturel.
Dans ce contexte de tensions, le Bureau gabonais des droits d’auteur (BUGADA) a récemment durci le ton envers les utilisateurs d’œuvres artistiques et littéraires. Lors d’une communication tenue à Libreville, son directeur général, Borrys Ndong Nang, a rappelé que les tenanciers de bars, restaurants, hôtels, boîtes de nuit ainsi que les plateformes de diffusion doivent impérativement s’acquitter de la redevance annuelle pour l’exercice 2026. L’organisme insiste sur le caractère obligatoire de l’autorisation préalable pour toute diffusion publique d’œuvres, qu’elles soient nationales ou étrangères, la licence délivrée étant valable jusqu’au 31 décembre.
Le BUGADA a donc annoncé la fin des mesures exceptionnelles instaurées durant la pandémie de Covid-19, estimant que la reprise normale des activités ne justifie plus les allègements tarifaires appliqués jusque-là. Désormais, les opérateurs économiques seront soumis aux tarifs ordinaires en vigueur. L’organisme prévoit également le déploiement de missions de contrôle sur l’ensemble du territoire afin de vérifier la conformité des établissements. Le BUGADA appelle ainsi à une régularisation rapide des situations, sous peine de sanctions, dans l’objectif affiché de renforcer la protection des créateurs et d’assurer une meilleure équité dans l’exploitation des œuvres au Gabon.