Après le Soudan du Sud et l’Eswatini, le Rwanda accueillera prochainement des migrants illégaux sur son territoire

L’annonce a été faite lundi dernier par la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo. Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier, le président américain Donald Trump a placé la lutte contre l’immigration clandestine au cœur de son agenda politique. Après avoir renforcé les moyens des administrations chargées du contrôle aux frontières, il a lancé une vaste offensive visant l’expulsion des migrants en situation irrégulière. Mais cette ambition se heurte à de nombreuses contestations : associations de défense des droits humains et juges fédéraux dénoncent une politique jugée discriminatoire, ralentissant ainsi la mise en œuvre des mesures.

En dépit de ces obstacles, l’administration Trump a remporté plusieurs victoires, notamment grâce au soutien d’une Cour suprême à majorité conservatrice. Cependant, un problème persiste : de nombreux pays d’origine refusent de réadmettre leurs ressortissants expulsés. Pour contourner cet écueil, Washington mise désormais sur des pays tiers, en signant des accords bilatéraux prévoyant l’accueil de migrants illégaux en échange d’aides diverses. Le Salvador a été le premier à se prêter à ce jeu diplomatique. En contrepartie d’un soutien financier, logistique et sécuritaire, le gouvernement de Nayib Bukele a accepté d’héberger des migrants, principalement vénézuéliens, dans des centres de rétention spécialement aménagés.

Cette stratégie, toutefois, ne saurait reposer sur un seul partenaire. Les États-Unis cherchent donc à élargir le cercle des pays prêts à coopérer, usant tour à tour d’incitations et de pressions diplomatiques. Lors d’une rencontre, le 9 juillet 2025, avec cinq chefs d’État africains (Gabon, Sénégal, Mauritanie, Liberia et Guinée-Bissau) Donald Trump a tenté, sans succès, de les convaincre. Néanmoins, deux pays africains ont déjà franchi le pas : le Soudan du Sud, qui a accueilli huit migrants expulsés et l’Eswatini, qui en a reçu cinq. Le Rwanda devient ainsi le troisième État du continent à accepter un tel accord.

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Les détails précis de l’arrangement entre Kigali et Washington n’ont pas été rendus publics. Selon plusieurs sources diplomatiques, il pourrait prévoir l’accueil de jusqu’à 250 migrants expulsés des États-Unis. Cette décision intervient alors que le Rwanda s’était déjà illustré sur ce terrain, ayant signé auparavant un accord similaire avec le Royaume-Uni sous le gouvernement conservateur de Rishi Sunak. Ce projet avait finalement été abandonné par le travailliste Keir Starmer face aux vives critiques qu’il avait suscitées, tant au Royaume-Uni qu’à l’international.

Cette politique d’externalisation de la gestion migratoire illustre une tendance croissante : les pays du Nord, confrontés à une pression migratoire persistante, durcissent les conditions d’octroi des visas et renforcent les contrôles aux frontières. En parallèle, ils cherchent à transférer la charge de l’accueil vers des États tiers, souvent plus vulnérables économiquement, en échange d’avantages financiers, logistiques ou diplomatiques. Pour certains gouvernements du Sud, c’est une opportunité stratégique : l’accueil de migrants indésirables se monnaye contre des promesses d’investissements ou d’aide au développement.

Reste à savoir si ce type d’accords peut réellement constituer une solution durable ou s’il ne fait que déplacer le problème. En acceptant d’accueillir des populations rejetées par les pays occidentaux, les États partenaires s’exposent à des défis économiques, sociaux et sécuritaires considérables. Quant aux migrants concernés, ils se retrouvent, bien souvent, prisonniers d’un exil forcé, éloignés à la fois de leur pays d’origine et de la destination initialement espérée. Une réalité qui interroge sur la dimension humaine d’une politique migratoire de plus en plus guidée par des logiques de marchandage international.

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