Pour la deuxième année consécutive, Olam Palm Gabon, fleuron de l’agro-industrie nationale et figure majeure de la production d’huile de palme en Afrique centrale, enregistre un recul significatif de ses performances. Selon les données actualisées du ministère de l’Économie, la récolte de régimes de palme s’est effondrée à 559 211 tonnes en 2024, soit une baisse de près de 10 % par rapport à 2023. Cette contre-performance confirme une tendance déjà amorcée l’année précédente, dans un secteur pourtant jugé stratégique pour la diversification de l’économie gabonaise.
Les causes de cette baisse sont multiples, et surtout révélatrices d’un environnement de production instable. La faible pluviométrie, combinée à des perturbations sociales dans les plantations de Mouila et d’Awala, a fortement pénalisé les rendements sur les quelque 52 000 hectares exploités par l’entreprise. Fait plus atypique, l’invasion d’éléphants sur plusieurs sites en juillet 2024 a aggravé une situation déjà fragile. Autant d’éléments qui témoignent de la complexité d’une filière soumise à des aléas climatiques, humains et environnementaux.
L’impact s’est également fait sentir sur la transformation. La production d’huile rouge a chuté de 6,5 %, passant de 146 414 tonnes à 136 852 tonnes en un an. Seule éclaircie : la production d’huile de palmiste progresse légèrement (+4,6 %), un résultat modeste, mais révélateur d’un effort d’adaptation de l’industriel dans un contexte tendu.
Des revenus en berne, mais des résultats au-delà des prévisions
Le chiffre d’affaires d’Olam Palm a, logiquement, suivi cette courbe descendante, avec un repli de 9,1 % entre les quatrièmes trimestres 2023 et 2024. Pourtant, et c’est là un fait remarquable, les performances de l’entreprise demeurent supérieures aux prévisions gouvernementales, notamment celles du Document de cadrage macroéconomique et budgétaire 2023-2025, qui anticipait une production bien inférieure (107 336 tonnes prévues pour 2024).
Cet écart entre réalité et projection vient nuancer le diagnostic. Il indique une résilience relative de l’outil de production d’Olam Palm Gabon, malgré des conditions défavorables. Il montre aussi les limites des anticipations économiques dans un secteur aussi exposé à l’imprévisible.
Au-delà du cas Olam Palm, la filière huile de palme gabonaise affiche un indice d’activité globalement négatif : -5 % en 2024, après -3,7 % en 2023. Ces données confirment un ralentissement structurel, accentué par la volatilité des cours mondiaux, passés de 1 557 dollars la tonne à 610,5 dollars en mars 2023, avant une timide remontée à 1 050 dollars en fin d’année.
Ce contexte incertain questionne la pérennité du modèle agro-industriel actuel, centré sur les exportations et les grandes plantations, souvent sensibles aux fluctuations internationales et aux tensions sociales locales. La résilience du secteur nécessitera des investissements ciblés, notamment en logistique, en mécanisation et en prévention des conflits humains-faune.
Le pari de la relance en 2025
Malgré ce climat morose, le gouvernement gabonais reste résolument optimiste. Il mise sur une hausse de 11 % de la production nationale de régimes de palme dès 2025, notamment grâce à la maturité croissante des plantations et à une meilleure maîtrise des facteurs de production. Ce pari s’inscrit dans la volonté affichée de faire du secteur agricole l’un des piliers de la diversification économique au sein de la 5e République.
À condition de tirer les leçons de cette double année de recul, le Gabon peut encore transformer ses ressources agricoles en levier de croissance durable et inclusive. Mais pour cela, il faudra dépasser la logique des volumes pour intégrer pleinement les impératifs de qualité, d’écologie et de souveraineté alimentaire. Une exigence devenue stratégique dans un monde de plus en plus incertain.