[Tribune]_ Population qui danse, dirigeants qui jouent dans un Gabon qui se dissout

Il est pour le moins troublant d’observer le contraste saisissant entre l’insouciance affichée de la majeure partie de la population et l’attitude pour le moins désinvolte de certaines autorités. Alors que, chaque week-end, les foules se pressent dans des lieux de divertissement comme le célèbre « Entre nous bar », dansant comme si de rien n’était, la réalité démographique du pays impose pourtant une réflexion autrement plus sérieuse. Le chiffre officiel, faisant état de 34 % d’étrangers résidant sur le sol gabonais, est une donnée qui, dans n’importe quel État soucieux de sa souveraineté et de sa cohésion nationale, susciterait un débat public approfondi et des mesures concrètes. Mais au lieu de cela, on semble se complaire dans une légèreté collective qui frôle l’inconscience.

Et face à cette situation, l’attitude de notre ministre de la Planification est loin d’être rassurante. Elle qui, au lieu d’admettre avec la gravité et l’humilité requises l’ampleur du défi, adopte plutôt une posture paternaliste, voire dénégationniste. Et si la sérénité affichée lors de sa réaction à ce sujet visait à rassurer, la lucidité a vite fait de donner à voir qu’elle masque mal le manque d’honnêteté qu’impose la gravité d’une telle situation. On dirait même qu’elle traduit le symptôme d’une indifférence coupable. Qui peut croire qu’une telle proportion de population étrangère n’ait aucune incidence sur l’emploi, l’accès aux services publics, la sécurité ou encore la préservation de l’identité nationale ? Même le seuil admis par les institutions internationales se trouve largement dépassé. Ce faisant, le silence et la placidité de nos autorités ne savent plus s’expliquer. Au contraire, ils deviennent de légitimes motifs alimentant un sentiment grandissant d’abandon et d’humiliation chez les Gabonais.

Lire Aussi:  Monsieur le Président, voici pourquoi notre jeunesse s’expatrie – et ne revient pas

Au demeurant, ce déni des réalités soulève une question importante qui, du peuple ou de ses dirigeants, représente le plus grand danger pour l’avenir du Gabon ? Les populations, pourtant si promptes à s’enflammer pour des futilités ou des querelles de personnes, semblent paradoxalement incapables de se mobiliser face à un péril qui engage leur propre survie et celle des générations futures. Cette apathie est le terreau sur lequel prospère l’irresponsabilité des élites. Elle permet à certains politiques, visiblement convaincus de leur impunité, de traiter les sujets vitaux avec une légèreté déconcertante, comme si la terre de nos Ancêtres n’était pas notre essentiel commun, notre bien le plus précieux et non négociable.

Pays bien malheureux où l’indifférence semble être devenue le triste remède choisi par les uns pour oublier les promesses non tenues, et par les autres pour éviter d’avoir à rendre des comptes. Pourtant, la gravité de l’enjeu, qui mêle à la fois démographie, souveraineté et avenir même du Gabon, exige un sursaut collectif. Il importe que les populations prennent conscience de leur force et de leur devoir de vigilance, et que les dirigeants abandonnent leur masque de placidité pour affronter, avec courage et transparence, les réalités de notre temps. Car à ce jeu dangereux de l’aveuglement volontaire, c’est toute la nation qui risque de perdre.

Owone Nguema, professeur de philosophie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *