Éducation, cartes d’identité, CNSS et agriculture : les grandes explications du gouvernement devant les députés

La séance plénière de questions orales au gouvernement de la XIVe législature de l’Assemblée nationale gabonaise s’est tenue mardi 2 juin 2026 dans l’hémicycle du Palais Léon-Mba. Durant plus de quatre heures d’échanges soutenus, sept membres du gouvernement ont répondu à vingt-cinq questions des députés sur des sujets touchant directement la vie des populations : éducation, état civil, délivrance des cartes nationales d’identité, protection sociale, agriculture et souveraineté alimentaire.

Présidée sous la coordination du Vice-Président du Gouvernement, cette séance a permis aux parlementaires de passer au crible plusieurs réformes engagées par l’exécutif depuis le début de l’année.

Éducation : la ministre assume la suspension du secrétaire permanent du SOSUP

La ministre de l’Éducation nationale qui est revenue sur la suspension à titre conservatoire du secrétaire permanent du Service d’Orientation Scolaire, Universitaire et Professionnelle (SOSUP).

Face aux députés, la ministre a défendu une décision qu’elle juge nécessaire pour rétablir l’autorité administrative et la cohérence institutionnelle.

« Devant ce premier constat accablant six mois plus tard, ce qui démontre que j’ai été patiente, j’ai pris l’arrêté 0013 du 19 février 2026 relatif aux modalités de calcul de la moyenne et aux conditions d’admission en 6e (…) Cependant, contre toute attente, le secrétaire permanent du SOSUP, au lieu de faire amende honorable, a décidé au mépris de la décision ministérielle (…) de défier sa hiérarchie. C’est donc sur ces entrefaits, afin de rétablir la cohérence institutionnelle et le respect du cadre réglementaire et de la hiérarchie, que par décision 0027 du 6 mars 2026, le secrétaire permanent du SOSUP a été suspendu à titre conservatoire par mes soins. »

La ministre a également rappelé l’importance de l’unité dans la conduite des réformes éducatives en déclarant :

« Comme le dit l’adage, la pirogue n’avance que si tous les pagayeurs rament dans le même sens. »

Au-delà de cette affaire, elle a présenté les avancées du gouvernement dans la modernisation de l’enseignement technique et professionnel, notamment la transformation de l’INSECT en Institut de Formation en Enseignement Technique et Professionnel (IFETP), ainsi que la poursuite de quatorze projets d’infrastructures scolaires à travers le pays.

Cartes d’identité et passeports : le gouvernement reconnaît un « drame humain »

Très attendu sur la question des retards de délivrance des cartes nationales d’identité électroniques (CNIE) et des passeports, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation a fourni de nombreuses explications sur les blocages observés.

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Selon lui, les contrôles renforcés effectués par les services de la Direction générale de la Documentation et de l’Immigration visent à lutter contre les falsifications d’actes de naissance et les fraudes identitaires accumulées depuis plusieurs décennies.

Le ministre a révélé que plus de 335 000 personnes ont déjà été enrôlées dans le cadre du nouveau système de délivrance des cartes nationales d’identité.

Paradoxalement, il a indiqué que près de 17 720 cartes d’identité et 1 144 passeports produits par l’administration n’ont jamais été retirés par leurs propriétaires.

Mais au-delà des chiffres, le membre du gouvernement a tenu à souligner la dimension sociale et humaine du problème.

« Au-delà de ces explications normatives, si on les met de côté, il y a un problème humain qui se joue, il y a un drame humain qui se joue parce que nous avons là une grande partie de nos compatriotes qui sont en marge de la société. Nous avons beaucoup de compatriotes que nous avons vus grandir, que nous reconnaissons, qui sont gabonais mais qui n’ont pas de pièces d’identité. Ils deviennent aujourd’hui pratiquement des citoyens qui ne sont pas intégrés dans la société. C’est ce que j’ai qualifié pratiquement de citoyens locataires dans leur propre pays. »

Estimant que la situation exige une réponse nationale, il a plaidé pour l’organisation d’assises nationales sur l’état civil.

« Il faut que nous posions des problèmes réels (…) Il faut qu’on fasse comme les autres, que nous organisions des assises nationales sur l’état civil pour que nous puissions résoudre ce problème (…) Ils deviennent des apatrides dans leur propre pays et ça c’est inacceptable. »

Réforme de la protection sociale, des mesures fortes pour sauver les caisses

Le gouvernement a également présenté l’état d’avancement des réformes engagées au sein de la Caisse des pensions et prestations familiales des agents de l’État (CPPF), de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS).

Concernant la CPPF, les autorités ont annoncé l’achèvement de la réforme normative avec notamment : le relèvement du taux de cotisation de 21 % à 25 %, le report de l’âge de départ à la retraite à 62 ans pour les agents civils et la revalorisation du minimum vieillesse.

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S’agissant de la CNSS, le gouvernement a dressé un constat préoccupant : en 2024, la caisse a versé environ 115 milliards de francs CFA de prestations alors qu’elle n’a perçu que 60 milliards de cotisations.

Pour faire face à ce déficit structurel, plusieurs réformes ont été engagées, parmi lesquelles l’introduction de la pension proportionnelle et des mesures coercitives contre les entreprises débitrices, allant jusqu’à l’interdiction de sortie du territoire pour les dirigeants récalcitrants en dernier recours.

Du côté de la CNAMGS, le gouvernement a indiqué que plus de 1,67 million de bénéficiaires sont actuellement couverts. Une task force a été mise en place afin de résorber les tensions de trésorerie et réduire les dettes envers les structures sanitaires partenaires.

Agriculture : le défi de la mécanisation et de la production nationale

L’agriculture a également occupé une place importante dans les débats. Le ministre en charge du secteur a annoncé que sur les 240 tracteurs commandés par l’État, 147 ont déjà été réceptionnés. Le matériel précédemment stocké au CAPAL est désormais transféré à l’Agence de Développement Agricole du Gabon (ADAG), qui en assurera progressivement la mise à disposition des coopératives agricoles à partir du 1er juin 2026.

Le gouvernement poursuit également une phase pilote d’importation de 1 000 têtes bovines destinées à tester leur adaptation au climat gabonais. L’objectif affiché est de réduire la forte dépendance du pays aux importations de viande bovine, estimées à près de 22 000 tonnes par an.

Lors des échanges, l’Honorable député Olingué a illustré les difficultés rencontrées par de nombreux citoyens dans l’obtention de documents administratifs, en s’appuyant sur sa propre expérience.

« Comme disait l’adage, quand je parle de moi, je parle de vous et j’indique la vie par le nom des choses vécues, entendues ou vues. Pour la petite histoire, j’ai fait ma carte quand j’étais en fonction comme enseignant de philosophie au lycée Sylvestre du côté de Mitzic et que je suis né à Kango, numéro de l’acte de naissance 79 avec souche. »

Le parlementaire a également lancé un défi au gouvernement concernant la mécanisation agricole :

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« Vous donnez à Ngouoni quatre tracteurs, je vous invite un mois après, deux mois après, au plus tard en septembre, de venir retrouver plus de 5 000 hectares de manioc et d’igname. Je peux donner ce défi. »

Une « souveraineté féroce » comme ligne directrice de l’action gouvernementale

Prenant la parole au nom de l’exécutif, le Vice-Président du Gouvernement a remercié la représentation nationale pour cette séance d’échanges, tout en rappelant les orientations fixées par le Chef de l’État à l’occasion de la deuxième année de son mandat.

« Exprimer la reconnaissance du gouvernement pour l’opportunité qui lui a été donnée de présenter certains aspects de ses politiques publiques (…) il nous a demandé de nous engager de manière encore plus féroce nous parlons d’une souveraineté féroce mieux protéger et défendre nos territoires, mieux protéger et défendre ceux qui y vivent, mieux protéger et défendre ceux qui les font vivre, mieux protéger et défendre leur identité. »

En clôturant les travaux, le Président de l’Assemblée nationale a salué la qualité des échanges tout en formulant une recommandation aux membres du gouvernement afin rendre leurs interventions plus compréhensibles pour les citoyens.

« L’idéal serait que dans un avenir prochain cela se fasse dans un français facile et de manière beaucoup plus synthétique, parce que je vous le rappelle, nous sommes en direct sur Gabon Première depuis le début de l’après-midi. Il est attendu des membres du gouvernement des réponses simples en français facile, parce que ces réponses ne concernent pas que les députés, elles concernent les populations qui nous suivent en direct à la télévision. »

Face à l’importante quantité de textes législatifs encore en attente d’examen, il a également mis en garde contre un calendrier parlementaire particulièrement chargé.

« Il nous reste trois semaines de travail. On a parlé ce matin de la boulimie organisationnelle et créatrice des membres du gouvernement. En 100 jours il fallait bien faire, nous l’avons compris, sauf que de notre côté il nous est difficile de répondre entièrement à l’examen de ces textes dans le contexte actuel. »

 

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