Camélia Ntoutoume Leclercq dévoile ses grandes réformes de l’éducation après 100 jours

À l’occasion de « La Grande Nuit des 100 jours », la ministre d’État chargée de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique, Camélia Ntoutoume Leclercq, a présenté un vaste bilan de l’action engagée depuis l’arrivée au pouvoir du Président, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Face aux difficultés structurelles du système éducatif gabonais, le gouvernement affirme vouloir engager une transformation profonde de l’école autour de quatre axes majeurs dont la gouvernance, les infrastructures scolaires, les réformes pédagogiques ainsi que la sécurité et la vie scolaire.

Une gouvernance axée sur la régularisation et la valorisation des enseignants

La ministère de l’Éducation nationale poursuit actuellement une vaste opération de régularisation administrative et financière des personnels du secteur. Pendant plusieurs années, les retards de titularisation, les reclassements non traités et les problèmes de mise en solde ont alimenté tensions sociales et mouvements de grève dans les établissements scolaires.

Pour répondre à cette situation, une commission tripartite pilotée par la vice-présidence du gouvernement a permis d’accélérer le traitement de plus de 3 000 dossiers administratifs.

La ministre a précisé que 721 enseignants bénévoles sur 1 810 ont déjà été intégrés à la solde de l’État, ainsi que 627 demandeurs d’emploi du secteur éducatif. Le reste des dossiers sera traité progressivement jusqu’au mois de décembre afin de respecter les équilibres budgétaires fixés par le gouvernement.

Dans le même temps, l’État veut redonner de l’attractivité à la profession enseignante. Un domaine de 530 hectares a ainsi été attribué aux enseignants pour leur permettre d’acquérir des parcelles de 500 m² avec titres fonciers, grâce à des mécanismes de financement négociés avec des banques partenaires.

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Malgré ces avancées, le déficit en personnel demeure important. Le ministère estime aujourd’hui les besoins nationaux à près de 5 000 enseignants supplémentaires, dont environ 2 700 pour le secondaire général et plus de 1 000 pour le primaire.

Des infrastructures scolaires encore sous forte pression

La question des infrastructures reste l’un des plus grands défis du système éducatif gabonais. Classes surchargées, manque de salles, insuffisance d’équipements et dégradation des bâtiments continuent de pénaliser les conditions d’apprentissage dans plusieurs localités du pays.

Pour faire face à cette situation, des travaux de construction, de réhabilitation ou d’extension sont actuellement engagés dans 27 établissements scolaires, tandis que 20 nouveaux complexes scolaires devraient être lancés prochainement.

L’objectif fixé par le gouvernement est de livrer au moins 15 établissements avant la prochaine rentrée scolaire.

Le déficit en mobilier scolaire reste également préoccupant. Selon les chiffres présentés par la ministre, le Gabon manque actuellement de plus de 42 000 tables-bancs sur l’ensemble du territoire. Une première commande de 7 000 unités a été lancée dans le cadre du Projet d’Investissement dans le Secteur Éducatif (PISE), tandis qu’un budget complémentaire de 5 milliards de FCFA a été sollicité pour couvrir les besoins restants.

Le manque d’accès à l’eau potable et aux sanitaires dans certains établissements, notamment en zones périphériques, a aussi été évoqué. Des solutions temporaires, comme des systèmes de récupération d’eau de pluie et l’installation de réservoirs, sont actuellement déployées avec l’appui du ministère de l’Énergie.

Une réforme pédagogique centrée sur les réalités gabonaises

L’une des principales innovations annoncées concerne la réforme des contenus pédagogiques. Le Gabon devient ainsi le sixième pays africain à adopter un nouveau cadre national d’orientation pédagogique destiné à moderniser l’enseignement.

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Pour la première fois depuis l’indépendance, des manuels scolaires du secondaire ont été entièrement élaborés par des auteurs et éditeurs gabonais afin de mieux refléter les réalités historiques, culturelles et géographiques du pays.

Les nouveaux programmes accordent désormais une place plus importante à l’histoire nationale, avec l’introduction de figures gabonaises comme Wongo ou Nyonda Makita dans les contenus éducatifs.

Le ministère prévoit également l’introduction progressive de l’anglais dès le primaire, le renforcement de l’éducation environnementale ainsi qu’une accélération du numérique éducatif.

Dans cette dynamique, 500 écrans intelligents ont déjà été acquis et 1 000 tablettes issues du dernier recensement de la population seront redistribuées afin de développer l’enseignement numérique et les classes interconnectées à distance.

Concernant l’enseignement technique, la ministre reconnaît toutefois d’importantes difficultés liées au manque de matériel pratique dans plusieurs lycées professionnels. Le gouvernement compte sur l’appui de la Banque africaine de développement (BAD) ainsi que sur des partenariats avec des entreprises pour renforcer les formations techniques et les stages d’immersion professionnelle.

Sécurité scolaire et santé mentale : le gouvernement veut agir

Face à la montée des violences en milieu scolaire et à l’intrusion des drogues dans certains établissements, les autorités ont décidé de renforcer les dispositifs de sécurité.

Le ministère de l’Intérieur a ainsi déployé 560 policiers scolaires dans les établissements du pays afin de prévenir les violences, les agressions et les trafics. Ce dispositif remplace temporairement les anciens auxiliaires de sécurité scolaire, suspendus pour des raisons budgétaires et organisationnelles.

Le gouvernement veut également renforcer l’accompagnement psychologique des élèves. Des clubs d’éthique ainsi que le programme « École Zen » ont été lancés afin d’impliquer davantage les jeunes dans la prévention des violences, du harcèlement et des problèmes liés à la santé mentale.

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Cette initiative intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué récemment par plusieurs drames ayant profondément choqué l’opinion publique, notamment le suicide tragique d’un élève au lycée Léon Mba.

Enfin, la ministre a insisté sur la responsabilité des parents dans l’éducation et le suivi des enfants, appelant à une implication plus active des Associations de Parents d’Élèves (APE).

La ministère entend aussi renforcer l’inclusion scolaire avec la création prochaine d’une classe pilote destinée aux élèves à besoins éducatifs particuliers, notamment les enfants malentendants déjà pris en charge dans certains établissements spécialisés.

À travers ce bilan des 100 jours, le gouvernement affiche sa volonté de refonder durablement le système éducatif gabonais. Mais malgré les réformes engagées, les défis restent immenses entre déficit d’enseignants, insuffisance budgétaire et modernisation des infrastructures scolaires.

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