L’annonce a créé une onde de choc au Sénégal. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, figure centrale du pouvoir et leader historique du Pastef. Une décision qui ouvre une période d’incertitude politique dans le pays.
Le Sénégal entre dans une nouvelle zone de turbulence politique. Dans la nuit du 22 au 23 mai 2026, la télévision nationale RTS a annoncé la fin des fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko, décidée par le président Bassirou Diomaye Faye.
Une décision brutale et hautement symbolique, tant les deux hommes apparaissaient jusque-là comme les visages indissociables de l’alternance politique sénégalaise. Arrivés au pouvoir à la suite de la victoire historique du Pastef, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient construit leur légitimité sur un discours de rupture, de souveraineté et de transformation institutionnelle. Longtemps considérés comme inséparables sous le slogan « Diomaye moy Sonko », les deux hommes avaient incarné ensemble l’alternance politique et l’espoir d’une rupture avec l’ancien système dirigé par Macky Sall.
Mais derrière cette alliance politique forte, plusieurs observateurs évoquaient depuis plusieurs mois des tensions internes grandissantes au sommet de l’État. Des divergences sur la gouvernance, la stratégie économique, la gestion du parti ainsi que certaines nominations au sein de l’appareil d’État auraient progressivement fragilisé la relation entre les deux hommes.
Le limogeage d’Ousmane Sonko marque ainsi un tournant majeur dans l’histoire récente du Sénégal. Car au-delà de sa fonction de Premier ministre, Sonko reste une figure politique extrêmement influente, disposant d’une base militante solide et d’un poids considérable au sein du Pastef.
Selon plusieurs sources proches du pouvoir, les tensions se seraient accentuées ces dernières semaines après des désaccords sur plusieurs dossiers économiques sensibles et sur la conduite des réformes promises durant la campagne présidentielle. La question des relations avec les partenaires financiers internationaux, notamment le Fonds monétaire international (FMI), aurait également alimenté les divergences au sein de l’exécutif.
Quelques heures avant son éviction, Ousmane Sonko avait laissé apparaître publiquement les fractures internes du pouvoir lors de son intervention à l’Assemblée nationale. Le désormais ex-chef du gouvernement avait notamment déclaré que « le Président a fait une erreur », des propos largement interprétés comme un défi direct à l’autorité présidentielle et revendiqué le droit pour un Premier ministre de prendre des décisions « sans permission ». Des propos interprétés par de nombreux observateurs comme un défi direct à l’autorité présidentielle.
Cette décision soulève désormais de nombreuses interrogations : s’agit-il d’une rupture politique définitive entre les deux hommes ? D’un réaménagement stratégique du pouvoir ? Ou d’une lutte d’influence devenue impossible à contenir au sommet de l’exécutif sénégalais ?
Pour l’heure, les raisons officielles de cette éviction n’ont pas été clairement détaillées par les autorités. Le décret présidentiel précise toutefois que les ministres sortants continueront d’assurer les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement.
Mais l’annonce risque de provoquer des remous importants sur la scène politique nationale. Dans plusieurs quartiers de Dakar, la nouvelle a rapidement alimenté débats et spéculations. Sur les réseaux sociaux également, les réactions se multiplient entre inquiétude, incompréhension et soutien aux deux figures du pouvoir.
Cette rupture intervient surtout dans un contexte sensible, alors que les attentes sociales restent fortes autour de la gouvernance, de l’emploi des jeunes, du coût de la vie et des réformes promises durant la campagne présidentielle. Quelques minutes après l’annonce officielle, Ousmane Sonko a réagi sur le réseau X avec un message bref mais symbolique : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui. »
Avec le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, c’est désormais l’équilibre même du pouvoir sénégalais qui semble fragilisé. Car si Bassirou Diomaye Faye reste constitutionnellement le chef de l’État, beaucoup considéraient encore Sonko comme l’architecte politique et stratégique du régime.
Malgré son limogeage, Ousmane Sonko conserve une influence considérable auprès d’une partie importante de la jeunesse sénégalaise et des militants du Pastef. Certains analystes évoquent déjà le risque d’une fracture durable au sein du parti présidentiel, voire d’une recomposition politique majeure dans les prochains mois.
Une chose est certaine, cette décision ouvre une nouvelle séquence politique au Sénégal, dont les conséquences pourraient profondément redessiner les rapports de force au sommet de l’État et influencer durablement l’avenir politique du pays.