Le dossier judiciaire visant l’ancien Premier ministre gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze prend désormais une dimension continentale et diplomatique. Plus d’un mois après son placement en détention préventive, la défense du président du parti Ensemble pour le Gabon (EPG) a décidé de porter l’affaire devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), dénonçant une procédure jugée politiquement motivée et juridiquement contestable.
Selon des informations relayées le 22 mai par jeune Afrique, sur la base d’une dépêche de l’AFP, l’avocat parisien d’Alain-Claude Bilie-By-Nze estime que l’incarcération de son client ne repose sur aucun fondement pénal solide. Une démarche qui marque un changement de stratégie : après la bataille judiciaire nationale, la défense cherche désormais à internationaliser l’affaire et à attirer l’attention des institutions africaines et occidentales sur la situation de l’opposant gabonais.
Une affaire judiciaire devenue dossier politique
Détenu depuis le 16 avril 2026, Alain-Claude Bilie-By-Nze est poursuivi dans le cadre d’une enquête portant sur des faits présumés d’abus de confiance et d’escroquerie liés à l’organisation d’un événement public remontant à 2008. Selon les éléments cités par l’AFP, plusieurs organisateurs auraient avancé des fonds personnels dans l’attente d’un financement public qui tardait à être débloqué.
Mais pour ses soutiens, l’affaire dépasse largement le cadre pénal. L’ancien chef du gouvernement est aujourd’hui considéré comme l’une des principales figures de l’opposition face au pouvoir de Transition. Avant son arrestation, il avait multiplié les critiques contre plusieurs décisions des autorités, notamment la suspension des réseaux sociaux et la réforme du code de la nationalité adoptée par ordonnance.
Une offensive juridique et diplomatique coordonnée
À la tête de cette contre-offensive se trouve Me Arthur Vercken, avocat français spécialisé dans les affaires pénales internationales. Habitué des juridictions internationales, notamment de la Cour pénale internationale et des tribunaux pénaux spéciaux, le juriste entend faire du dossier Bilie-By-Nze une affaire emblématique des libertés publiques et des garanties judiciaires en Afrique centrale.
Au-delà de la saisine de la CADHP, l’avocat affirme avoir alerté plusieurs institutions internationales, dont les Nations unies ainsi que les autorités françaises. Une manière de placer l’affaire sous surveillance internationale et d’accroître la pression diplomatique autour de la procédure engagée à Libreville.
« Une horreur juridique », selon la défense
Dans des déclarations particulièrement sévères relayées par l’AFP, Me Vercken conteste radicalement les qualifications pénales retenues contre son client.
« On nage dans l’absurdité totale : d’un point de vue juridique, il y a zéro escroquerie, zéro abus de confiance », a-t-il affirmé.
L’avocat va plus loin encore en qualifiant la détention provisoire de son client d’« horreur juridique », estimant qu’aucun élément ne justifie, selon lui, l’incarcération d’un ancien Premier ministre et leader politique dans ces conditions.
Un test pour les institutions africaines
Au-delà du cas personnel d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, cette affaire pourrait rapidement devenir un dossier sensible pour les mécanismes africains de protection des droits fondamentaux. En saisissant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, la défense cherche à obtenir une reconnaissance internationale des atteintes qu’elle estime portées aux principes de justice équitable et aux libertés politiques.
Dans un contexte de Transition politique au Gabon, où les débats autour de l’État de droit, de l’indépendance de la justice et des libertés publiques restent particulièrement vifs, le dossier Bilie-By-Nze apparaît désormais comme un symbole du climat politique actuel.