« Meta n’est pas Internet » : Un sophisme face à la réalité du panier de la ménagère gabonaise

Lors de ses récentes interventions, la porte-parole adjointe de la Présidence a tenté de nuancer l’impact de la suspension de Facebook et WhatsApp en affirmant que ces plateformes ne résument pas « l’Internet ». Si techniquement vrai, ce raisonnement se heurte violemment à l’écosystème économique local où le réseau social est devenu le premier centre commercial du pays.

Sur le papier, l’argument est imparable, Internet est un protocole vaste (Web, e-mails, services bancaires, applications métiers) dont le groupe Meta n’est qu’une composante. Cependant, pour le commerçant de Mont-Bouët, la coiffeuse de Petit-Paris ou le livreur de batterie de Port-Gentil, cette distinction est purement sémantique. Au Gabon, le « Social Commerce » (commerce sur les réseaux sociaux) n’est pas une option, c’est l’infrastructure même de l’économie informelle.

La question posée par les citoyens est légitime  « Où se fait cet e-commerce dont parle la porte parole adjointe de la Présidence ? » Si l’on excepte quelques initiatives courageuses comme le mouvement de « Consommation Gabonaise » ou de rares sites de niche, le Gabon ne possède pas encore de géant local du e-commerce capable d’absorber le flux transactionnel de Facebook.

Les sites web classiques nécessitent un référencement coûteux. Les plateformes de paiement intégrées sont encore en phase de déploiement. À l’inverse, Facebook et WhatsApp offrent une vitrine gratuite, instantanée et accessible sans compétences techniques.

En minimisant l’importance de Meta, on oublie que WhatsApp est devenu, en dix ans, le principal outil de coordination professionnelle au Gabon. C’est là que se négocient les prix, que s’envoient les preuves de virement Mobile Money et que se gère la logistique des livraisons. Couper ces accès, c’est comme fermer les routes menant à un marché sous prétexte qu’il reste de la place pour marcher sur les trottoirs d’à côté, le flux, lui, est brisé.

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Le raisonnement de la Présidence semble suggérer que les entrepreneurs n’ont qu’à « migrer » vers d’autres espaces. Mais cette migration ne se décrète pas par une coupure. Elle demande du temps, des investissements en infrastructures (serveurs locaux, baisse des coûts de data) et une culture numérique que l’État doit accompagner. En attendant, la suspension agit comme une taxe invisible sur les revenus des foyers les plus précaires qui dépendent de la vente en ligne pour boucler les fins de mois.

Vouloir réguler les réseaux sociaux pour des raisons de sécurité est une prérogative régalienne. Cependant, le faire en niant l’importance vitale de ces outils pour l’économie domestique crée un fossé de compréhension entre le sommet et la base. Pour que l’e-commerce gabonais existe « hors de Meta », il ne faut pas couper les réseaux, mais plutôt fertiliser le terrain pour que des champions locaux puissent enfin émerger et offrir une alternative crédible.

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