À l’approche des élections locales, certains candidats redoublent d’imagination pour séduire l’électorat. À Lébamba, le Ministre des Travaux Publics et de la Construction, Edgard Moukoumbi, tête de liste du Parti Démocratique Gabonais (PDG), a choisi une méthode aussi vieille que la République elle-même : le « geste symbolique ». Il s’est rendu à l’hôpital américaine de Bongolo pour régler une ardoise de 4 333 200 FCFA, effaçant les dettes de 86 patients démunis. Un acte aussitôt brandi sur ses réseaux sociaux comme la preuve tangible de sa compassion.
Derrière l’affichage généreux se cache pourtant une réalité troublante. Car si ce coup de projecteur électoral soulage provisoirement quelques familles, il n’offre aucune réponse structurelle aux problèmes chroniques du système de santé gabonais : sous-financement, pénurie de matériel, salaires en souffrance. On soigne les symptômes, mais jamais la maladie. La pratique rappelle d’autres gestes ponctuels, ces distributions de sacs de riz et billets froissés qui ont longtemps tenu lieu de programme politique.

Le candidat assume et revendique d’ailleurs une filiation familiale : il se souvient que son frère, feu Benjamin Ngoubou, avait déjà accompli le même acte en 2001. L’histoire bégaie, et Lébamba devient la scène d’un feuilleton où la solidarité se confond avec le clientélisme, où la mémoire des urnes vaut bien un reçu d’hôpital. Les plus cyniques y voient une stratégie huilée : transformer la misère en tremplin électoral, en habillant l’opération du manteau de la « dignité retrouvée ».
Pourtant, la dignité, la vraie, ne se mesure pas au chèque ponctuel d’un candidat, mais à la capacité des institutions à garantir durablement l’accès aux soins. Or, l’épisode de Bongolo illustre au contraire la faillite de l’État à prendre en charge ses citoyens sans l’intervention providentielle d’un « bienfaiteur » de passage. De là à conclure que la politique de santé du Gabon se joue désormais entre deux meetings, il n’y a qu’un pas.
À l’heure où la transition promettait une rupture avec les vieilles pratiques, cette scène en dit long sur la résilience d’un système où l’acte humanitaire se confond avec la campagne électorale. Edgard Moukoumbi aura peut-être gagné 86 voix reconnaissantes ; mais pour les autres, lassés de ces mises en scène, le doute grandit : et si la vraie guérison du pays passait par la fin de ces remèdes de circonstance ? Notre rédaction a tenté de joindre son équipe de communication pour savoir l’origine de ces fonds, mais n’a reçu aucune réponse.